Amazônia : créations et futurs autochtones au quai Branly
Culture | Publié le 02/10/2025 14:05:12
Du 30 septembre 2025 au 18 janvier 2026, la Galerie Jardin du musée du quai Branly – Jacques Chirac accueillera l’exposition temporaire « Amazônia. Créations et futurs autochtones ». Conçue comme une plongée au cœur des mythologies, savoirs et expressions artistiques des peuples amazoniens, cette manifestation entend bouleverser les clichés trop souvent associés à cette région, réduite à une simple « nature exotique ». À travers une approche collaborative, l’exposition met en lumière les voix autochtones et propose une réflexion profonde sur la manière dont ils envisagent le passé, le présent et l’avenir.
Une immersion inédite dans les cultures amazoniennes
Placée sous le haut patronage du Président de la République, Emmanuel Macron, l’exposition s’appuie sur un commissariat à deux voix : Leandro Varison, anthropologue et directeur adjoint du département de la recherche et de l’enseignement du musée du quai Branly, et Denilson Baniwa, artiste, designer et militant des droits autochtones brésiliens. Leur démarche met en avant une vision du monde centrée sur les savoirs et l’imaginaire des peuples amazoniens, loin d’un regard occidental réducteur.
La première partie de l’exposition explore les mythes de création. Contrairement aux récits occidentaux qui cherchent une origine absolue, les mythologies amazoniennes décrivent un processus continu de transformation. Le monde est perçu comme un cycle permanent, où humains, esprits et animaux participent à la vitalité de la Terre. Les visiteurs découvriront notamment les récits des Iny Karajá, qui attribuent à l’eau l’origine de l’humanité, ainsi que ceux des peuples du Rio Negro (Tukano, Desana, Barasana, Tuyuka), selon lesquels les humains naquirent des ornements du peuple Tonnerre. Une installation immersive permettra d’écouter la musique du démiurge Kowai, figure mythique dont le corps est constitué des sons des animaux de la forêt.
La deuxième section illustre une conception élargie de l’humanité. En Amazonie, un individu ne se définit pas seulement par sa biologie, mais aussi par ses relations avec les autres, humains ou non-humains. Les rites de passage, la peinture corporelle et l’art plumassier témoignent de cette vision. Des urnes funéraires marajoaras précolombiennes côtoient des œuvres contemporaines, comme les photographies de Iano Mac Yawalapiti ou les créations in situ de Clarisse Taulewali. Une installation sonore mettra en valeur la diversité des langues orales, humaines et non humaines, soulignant la richesse d’un patrimoine immatériel trop souvent menacé.
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Un dialogue entre patrimoine, savoirs et avenir
Dans la cosmologie amazonienne, les animaux, plantes et esprits sont considérés comme des êtres à part entière, capables de communication et de culture. L’exposition présentera des masques rituels, des effigies funéraires et des œuvres de l’artiste Brus Rubio Churay, illustrant le dialogue permanent entre les vivants et les esprits. Cette section invite le visiteur à repenser la notion même d’« humanité ».
Les peuples amazoniens partagent avec la science occidentale un sens aigu de l’expérimentation empirique, mais leurs savoirs incluent également les rêves et visions. Ces modes de connaissance permettent par exemple à un chasseur d’entrer en contact spirituel avec sa proie, ou à un chaman de solliciter l’aide d’un esprit. Ces savoirs, en constante évolution, intègrent désormais des préoccupations globales telles que le changement climatique.
La dernière section de l’exposition met en avant la résilience des peuples amazoniens. Malgré les violences coloniales et les menaces contemporaines (déforestation, épidémies, destruction de l’environnement), leurs cultures continuent de s’adapter et de se réinventer. Les œuvres de Rember Yahuarcani dénoncent la fragilité des écosystèmes, tandis que des artistes contemporains tels que Carlos Jacanamijoy (Inga), Sheroanawe Hakihiiwe et Joseca Mokahesi (Yanomami), ou encore les performeuses Uýra Sodoma et Zahy Tentehar, explorent de nouvelles formes de transmission culturelle. Un prêt exceptionnel en provenance du Brésil présentera par ailleurs une rare collection d’objets issus de peuples « isolés », qui ont choisi de vivre en dehors des contacts avec le monde moderne.
« Amazônia. Créations et futurs autochtones » n’est pas une simple exposition ethnographique. Elle se veut une expérience immersive et réflexive, où les visiteurs sont invités à interroger leur propre rapport au monde. En donnant une tribune aux artistes et penseurs autochtones, le musée du quai Branly rappelle que l’Amazonie n’est pas un vestige figé, mais un territoire vivant, porteur de savoirs essentiels pour penser les défis du XXIᵉ siècle.
Infos pratiques :
Dates : du 30 septembre 2025 au 18 janvier 2026
Lieu : Galerie Jardin, musée du quai Branly – Jacques Chirac, Paris
Horaires : du mardi au dimanche de 10h30 à 19h ; nocturne le jeudi jusqu’à 22h ; fermeture le lundi hors vacances scolaires
Site officiel : www.quaibranly.fr
Par la rédaction
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