Dans la vallée de la brosserie : immersion chez Fournival Altesse, un trésor vivant du Made in France
Luxe | Publié le 17/11/2025 08:25:25
À Mouy, petite ville nichée dans la vallée du Thérain, l’eau a cessé depuis longtemps d’alimenter les machines. Pourtant, lorsqu’on pousse la porte de Fournival Altesse, on a la sensation de remonter le temps.
Les odeurs de bois fraîchement poncé, le bruissement régulier des machines, et la précision silencieuse des gestes racontent une histoire longue de presque cent cinquante ans. Une visite comme votre magazine aime en faire depuis plus de 18 ans, des expériences uniques qui permettent de découvrir pleinement nos savoir-faire. Après avoir visité les ateliers de Zilli, Alexande de Paris, Lesage, JM Weston, et bien d'autres ... Direction l'Oise pour découvrir Fournival Altesse. Je suis accueillie par Stéphane Jambois, le directeur général, sourire franc et regard passionné. Il connaît cette maison comme on connaît une histoire de famille.
Une saga industrielle française
« L’entreprise a été créée en 1875 » explique-t-il en me guidant vers un panneau ancien où figure l’inscription Fournival. « À l’époque, tout se faisait grâce à la force de la rivière. Les brossiers s’installaient le long du Thérain pour profiter de l’énergie de l’eau. » Dans cette vallée, on comptait autrefois près de 80 ateliers : brosses à dents, à vêtements, pinceaux de peinture, brosses à chaussures… tout ce qui comportait des poils sortait de ces usines familiales. Aujourd’hui, Fournival Altesse est l’un des derniers témoins de cette épopée industrielle.
La marque Altesse, devenue emblématique, arrive plus tard, avant que la société ne devienne l’actuel Fournival Altesse, désormais réunie sous la marque commerciale Altesse Studio.
Survivre, renaître, se réinventer
Au milieu des années 2000, la maison vacille. La concurrence asiatique écrase le marché et le Made in France perd de son attrait. « En 2005, on a frôlé la disparition, » confie Stéphane. Mais un homme change le destin de l’entreprise : Jacques Gaillard, qui la rachète à la barre du tribunal, par conviction plus que par prudence. Jacques Gaillard, ex-dirigeant de la société La Brosse et Dupont, est lui-même petit-fils de brossier. Il refuse de licencier, réinjecte son propre argent, conserve les machines, les savoir-faire, les anciens. En 2016, il confie la direction des établissements Fournival Altesse à sa belle-fille Julia Tissot-Gaillard, alors âgée de 28 ans seulement, elle est toujours directrice de la brosserie. Dix ans plus tard, l’entreprise a retrouvé une croissance solide. Aujourd’hui propriété du groupe familial français Compagnie Chargeurs Invest (les maroquiniers anglais Cambridge Satchel et Swaine, également leader mondial des textiles techniques pour le luxe, ...) détenu par le Groupe Familial Fribourg, elle se développe à nouveau, portée par un marché qui redécouvre la valeur de l’artisanat. Les effectifs aussi ont doublé : 54 salariés, auxquels s’ajoutent des jeunes en formation, 70 nouveaux emplois prévus d’ici 2030. « Il n’y a plus d’école de brossier, alors on a dû inventer la nôtre. » Aujourd'hui les chiffres parlent d'eux-mêmes : 600 000 brosses vendues en 2024 pour un chiffre d’affaires de près de 10 millions d’euros, dont 20% réalisés à l’international. L’usine d’une surface de 2000 m² a une capacité de production de 500 000 pièces par an .
L’alliance du geste et de la machine
La visite commence par les ateliers modernes : des machines qui percent, insèrent, ajustent. Pauline, concentrée, glisse une botte de poils dans l'inséreur. Sur l’écran, les têtes de brosse s’alignent impeccablement. « Vous voyez, la machine prépare… mais l’humain termine, » précise Stéphane. Un peu plus loin, un bruit sourd emplit l’air : c’est la menuiserie, intégrée au site après le rachat d’une entreprise locale. Les planches de bois du Jura deviennent des manches élégants, travaillés en plus de trente étapes. Entre les établis, des jeunes apprennent le métier, guidés par les anciens.
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Dans le sanctuaire du savoir-faire : la brosse 100 % faite main
Puis, soudain, on change d’atmosphère. Dans une pièce plus calme, baignée d’une lumière douce, le temps semble suspendu. Assis à une machine en métal noirci par les années, Jean-Jacques travaille. Il a 76 ans. Il façonne des brosses depuis plus de 60 ans. « Cette machine, elle date de Napoléon III », dit Stéphane avec une pointe de fierté. Jean-Jacques sourit sans lever les yeux : ses doigts vont trop vite pour qu’on les interrompe. Ici, tout est fait à la main, de la première perforation au dernier rang de poils tiré au fil de pêche. Coralie, tout juste embauchée, le regarde comme on regarde un maître artisan. Elle était chez McDonald’s il y a un an. Aujourd’hui, elle apprend un métier rare. « Je ne connaissais pas du tout ce monde-là, » me confie-t-elle. « Et puis j’ai découvert… eh bien, un vrai métier. » Dans cet atelier, Fournival Altesse est peut-être la dernière en France – et l’une des rares en Europe – à perpétuer ce savoir-faire.
Des matières nobles, une production maîtrisée
Le bois vient du Jura, issu de forêts PEFC. Le nylon est français. Le latex, récolté au Vietnam, est transformé en France. Les poils de sanglier, eux, ne peuvent pas être français : aucune filière n’existe. Ils proviennent d’Asie, mais c’est leur préparation, secrètement maîtrisée ici, qui fait toute la différence. « On mélange les longueurs, on crée un effilé. C’est ce qui fait que nos brosses coiffent vraiment, qu’elles attrapent les cheveux, qu’elles ne glissent pas. » Dans un autre atelier, de petites boules sont déposées manuellement une à une sur les pointes en nylon, pour masser le cuir chevelu sans l’agresser. Un travail long, précis, hypnotique.
Le luxe et le monde entier au bout des doigts
Dans le showroom, les brosses défilent : bois d’olivier, finitions huilées, vernis profonds, formes sculptées. Certaines sont destinées à des grandes maisons de parfum ou de mode, françaises ou étrangères. D’autres portent la signature Altesse Beauté ou Altesse Prestige, vendues dans des magasins prestigieux. Et pourtant, ce produit reste étonnamment méconnu du grand public. « Une bonne brosse change vraiment la santé du cheveu, » rappelle Stéphane. « Souvent, on investit dans des soins, alors qu’une seule brosse de qualité peut suffire. ». Depuis 2017, le savoir-faire d’excellence de l’entreprise est reconnu par l’Etat français à travers le label Entreprise du Patrimoine Vivant.
Un patrimoine vivant qui regarde l’avenir
Au fil de la visite, une conviction s’impose : Fournival Altesse n’est pas seulement une entreprise. C’est un héritage. Un lieu où se transmettent encore des gestes presque disparus, des gestes qui n’existent que parce que des hommes et des femmes acceptent d’en assurer la continuité. L’entreprise fait aujourd’hui le pari des réseaux sociaux pour parler aux jeunes générations, montrer la beauté d’un métier et la valeur d’un objet durable, fabriqué ici, par des mains expertes.
Lorsque je quitte les ateliers, l’odeur du bois et le rythme des machines me suivent encore. Dans la vallée de la brosserie, la dernière flamme ne s’est pas éteinte : elle brûle dans chaque brosse, dans chaque geste répété, dans chaque histoire racontée par ceux qui ont choisi de faire perdurer un patrimoine français unique. Une visite en forme de voyage, dans l'espace et le temps.
Infos pratiques :
La collection Altesse Beauté c'est une gamme de 5 brosses à cheveux - Prix : 180 euros la brosse
La collection Altesse Prestige. Des brosses présentées dans des écrins d'exception - Prix : 350 euros la brosse
Plus d'infos : altesse-studio.com