Culture

Publié le 11/05/2017
Danse : Noé ou l’histoire d’un renouveau
Entre danse classique – la base de son savoir-faire – et danse contemporaine, Thierry Malandain maîtrise sa propre gestuelle. Figures acrobatiques parfois, mettant en avant les performances du corps, le chorégraphe ajoute sa touche de magie pour rendre fluides, prenants et envoûtants les mouvements de ses danseurs. En groupe, en solo ou en duo, leurs tableaux relèvent autant de la danse que du théâtre et semblent en parfaite symbiose avec la musique. Du son jaillit le geste ou bien le geste provoque-t-il la musique ?

Le spectateur ému



Avec Noé, son interprétation du mythique Déluge sur un livret de Rossini, Thierry Malandain écrit une histoire de renouveau. « Dans chaque culture, il y a un personnage qui reprend le thème de Noé, du renouveau… Mais chacun est libre de voir ce qu’il veut. J’ai voulu des costumes sobres, neutres, couleur terre. En plus de la danse classique, je me suis inspiré de danses rituelles africaines et aussi de danses d’hommes en Afghanistan que j’ai vues sur Youtube… » Pour certains spectateurs l’image du célèbre tableau de Grant Wood, American Gothic, leur viendra spontanément à l’esprit. Des vêtements austères, une attitude rigide… Cette atmosphère sévère, quasi-monacale, dans la chorégraphie de Thierry Malandain finit par exploser, se libérer, renaître. Le choix de la musique forte et puissante, mélodramatique, pourrait-on même écrire, du Messa di Gloria de Rossini ajoute une émotion supplémentaire qui “prend au ventre“ et entraîne le spectateur au cœur même du ballet. Ce dernier ressent les vibrations des martèlements des danseurs, s’imagine se fondre dans les rangs serrés, tête baissée, épaules voûtées – quasiment à la manière de zombies, mêmes si c’est auprès de danses ancestrales que Thierry Malandain a puisé son inspiration – avant l’envolée, le jaillissement de vie qui exulte. Au fil de la musique, les vêtements tombent, les corps se retrouvent nus, vierges, prêts à affronter un nouveau chemin, une nouvelle vie… Puis tout s’arrête. Le spectateur, profondément ému, met un temps avant de reprendre son souffle, sortir de la bulle intérieure où le ballet l’avait plongé pour, enfin, applaudir. Avec une seule envie. Revenir pour la prochaine fois, mieux appréhender les pas, les sauts, les solos des danseurs. Il y a tant à voir sur scène.

Infos pratiques :
NOÉ par le Ballet Malandain, jusqu'au 24 mai 2017.
Théâtre de Chaillot. 1, place du Trocadéro, 16e.
Tél. 01 53 65 30 00. À 20 h 30. 11 et 18 mai à 19 h 30, 14 mai à 15 h 30.
Tarifs : de 18 à 35 €

Par D.M