EATFILM : le premier festival parisien qui met le cinéma documentaire à table

Culture | Publié le 12/05/2026 13:52:37
À Paris, le festival EATFILM réunit cinéma documentaire, gastronomie et expériences culinaires au CiNey du 11 au 14 juin 2026.

Du 11 au 14 juin 2026, Paris accueille la première édition d’EATFILM, un festival international consacré au cinéma documentaire autour de l’alimentation. Installé au CiNey dans le 18e arrondissement, l’événement mêle projections, expériences culinaires et réflexions sociales autour du geste de nourrir.

EATFILM, un nouveau regard sur la gastronomie à travers le documentaire

Dans une capitale où la gastronomie et le cinéma occupent depuis longtemps une place centrale dans l’imaginaire collectif, il fallait sans doute un regard extérieur pour faire dialoguer ces deux univers avec autant d’évidence. Avec EATFILM, festival documentaire autour de la table organisé du 11 au 14 juin 2026 à Paris, la productrice et éditrice Katerina Drozdova imagine un événement hybride qui ne cherche pas à célébrer la cuisine comme simple objet de désir, mais comme miroir culturel, politique et intime de nos sociétés. Le manifeste du festival donne immédiatement le ton : « ce que nous mangeons dit qui nous sommes ». Loin d’un rendez-vous gastronomique classique, EATFILM revendique une approche sensible et documentaire où l’alimentation devient un langage, un territoire d’observation et une manière de comprendre le monde contemporain.

Le parcours de Katerina Drozdova éclaire cette ambition. Diplômée du Cordon Bleu Paris, membre de Slow Food depuis plus de vingt ans, passée par la presse gastronomique et la création d’écoles culinaires à Moscou, elle fonde un premier Eat Film Festival en Russie avant d’imaginer sa déclinaison parisienne après son installation en France en 2019. Dans son édito, elle rappelle qu’aucun festival international indépendant entièrement consacré au documentaire gastronomique n’existait jusqu’ici dans la capitale française. À travers cette première édition, elle souhaite créer une plateforme durable où le cinéma documentaire devient un outil d’exploration sociale autant qu’esthétique. Les films sélectionnés interrogent aussi bien la mémoire, la transmission, le vieillissement, la survie ou l’identité que les gestes artisanaux et les savoir-faire invisibles qui relient producteurs, cuisiniers et consommateurs.

Pour incarner cette vision, EATFILM s’est entouré d’une personnalité emblématique de la nouvelle scène culinaire française : la cheffe étoilée Manon Fleury. Ancienne sportive de haut niveau (escrime), passée notamment chez Pascal Barbot et William Ledeuil avant un séjour décisif chez Dan Barber à Blue Hill at Stone Barns à New York, elle dirige aujourd’hui Datil, restaurant parisien récompensé par une étoile Michelin. Son approche, profondément liée aux producteurs, à la saisonnalité et aux enjeux sociaux de la restauration, fait écho à l’ADN du festival. Son engagement avec l’association Bondir.e, qui lutte contre les violences dans les cuisines professionnelles, renforce également cette dimension humaine et politique. Pour Manon Fleury, le cinéma permet de parler autrement de l’alimentation, avec une profondeur et une liberté que la restauration seule ne peut atteindre.

La programmation reflète cette ambition intellectuelle et sensorielle. Le festival convoque aussi bien les grandes figures du documentaire que de jeunes réalisateurs internationaux. Parmi les temps forts figure évidemment Les Glaneurs et la Glaneuse d’Agnès Varda, œuvre essentielle sur le glanage, la récupération et les formes alternatives de subsistance. Katerina Drozdova explique d’ailleurs que la découverte récente d’extraits du film lors d’une exposition consacrée à la cinéaste au musée Carnavalet a été déterminante dans la naissance du projet parisien. À ses côtés, Frederick Wiseman et son monumental Menus-Plaisirs - Les Troisgros prolongent cette réflexion sur le geste et l’observation. Dans la maison Troisgros, le réalisateur américain dissèque la mécanique précise de la haute gastronomie française avec son regard méthodique habituel, transformant le restaurant en véritable institution culturelle.
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Du CiNey au Jardin des Traverses, une expérience culturelle et sensorielle dans le nord parisien

L’une des singularités d’EATFILM réside aussi dans son inscription territoriale. Le festival prend place au CiNey, nouveau lieu culturel hybride inauguré en avril 2026 sur le boulevard Ney dans le 18e arrondissement. Installé dans un ancien Bricorama entièrement réhabilité par l’agence Olivier Palatre Architectes, cet espace de 1 500 m² mêle salles de cinéma, cuisine partagée, restaurant, studio et espaces d’insertion sociale. Porté par l’association La Sierra Prod, le CiNey s’inscrit dans une logique d’accessibilité culturelle et de lien social. Pour l’équipe du festival, ce lieu représente un prolongement naturel de la philosophie d’EATFILM : faire dialoguer cinéma, alimentation, transmission et inclusion dans un même espace vivant.

Cette dimension immersive se retrouve également dans la programmation hors les murs. Une projection en plein air de L’Almanach d’Agatha de la réalisatrice canadienne Amalie Atkins est prévue au Jardin des Traverses, sur la Petite Ceinture réhabilitée entre les portes de Clignancourt et de la Chapelle. Ce documentaire tourné en pellicule 16 mm suit une femme de plus de 90 ans vivant seule dans une ferme familiale entourée de graines anciennes et de gestes transmis. Dans cet environnement urbain transformé en laboratoire agricole et culturel, la projection prend une dimension presque organique. Le Jardin des Traverses, engagé dans l’agriculture urbaine et les projets participatifs, devient ainsi le décor idéal pour cette méditation sur le temps, la mémoire et le vivant.

Au-delà des projections, EATFILM imagine également un dialogue constant entre l’écran et l’assiette. Trois résidences culinaires viennent prolonger les films à travers des menus spécialement conçus autour des thématiques abordées. Les brigades de La Table de Cana, entreprise d’insertion reconnue dans les métiers de bouche, collaborent avec plusieurs cheffes invitées pour transformer les récits documentaires en expériences gustatives. Cuisine réunionnaise inspirée de Planète Chefs, exploration de la fermentation autour des travaux de Malika Nguon ou banquet géorgien imaginé par Katerina Drozdova autour du fromage et du film Date limite : chaque proposition prolonge le cinéma par le goût, sans jamais tomber dans la démonstration spectaculaire.

Dans un paysage culturel où les festivals cherchent souvent à multiplier les expériences immersives, EATFILM se distingue par la cohérence intellectuelle de sa démarche. Ici, la gastronomie n’est ni un simple décor lifestyle ni un prétexte esthétique. Elle devient un sujet de cinéma à part entière, capable de raconter les rapports sociaux, les luttes agricoles, les mémoires collectives ou les transformations du vivant. À travers dix films venus du monde entier, la première édition d’EATFILM propose finalement une réflexion plus large sur nos manières d’habiter le monde, de transmettre des savoirs et de faire société autour d’une table.

Infos pratiques :
EATFILM - Festival documentaire autour de la table - Du 11 au 14 juin 2026
Lieu principal : CiNey, boulevard Ney, Paris 18e
Séance en plein air : Jardin des Traverses, Petite Ceinture réhabilitée
Tarifs : plein tarif 9 euros, tarif réduit 7 euros

Par la rédaction
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