C'est en Alsace près de Mulhouse et Colmar que l'art moderne a décidé de poser ses valises. Sur les hauteurs de la ville de Wattwiller s'est installée la fondation François Schneider surplombant la vallée alsacienne. En effet, depuis avril 2013, le centre d'art a ouvert ses portes au sein d'un lieu très bien réhabilité qui n'est autre que l'ancienne usine d'eau de Wattwiller.
Ci-dessus : Rahshia LINENDOLL-SAWYER - We are not made of wood, 2012, lentille photographie grandeur nature imprimé sur la base sous-marine sur jet d'encre archives
Ce lieu d'exposition lumineux offre une déambulation des plus agréables parmi les œuvres que ce soit dans ses 2000 m² de superficie interne ou dans son jardin de 1500 m².
Mais qu'est-ce que la fondation François Schneider ?
C'est une fondation créée en décembre 2000, hébergée par la Fondation de France, puis, le 10 août 2005, reconnue d'utilité publique par décret du Premier Ministre. Chaque année, la Fondation a plusieurs objectifs. Le premier est d'attribuer des bourses à de jeunes lycéens d'Yonne et du Haut Rhin pour leur donner la chance de continuer leurs études dans le supérieur. Puis la Fondation propose aux artistes de participer à un concours international qui se nomme "Talents contemporains". Ce sont les œuvres des gagnants de l'année 2012 qui sont exposées du 4 octobre au 28 décembre.
"Talents contemporains" est un concours qui invite les artistes à réfléchir et travailler sur le thème de l'eau (n'oublions pas que nous sommes à Wattwiller). Dans l'approche artistique de l'œuvre, l'eau doit être un élément constitutif, physique ou source de création. Pour cette deuxième édition, 3 176 artistes originaires de 104 pays étaient candidats. Après une première sélection faite par quatre comités d'experts, seulement 40 finalistes passent devant le Grand Jury International, pour qu'au final, il n'y ait plus que 7 lauréats selon des catégories, voici ceux de 2012 :
Jessie Brennan, Dessin
Claire Chesnier, Peinture
Valère Coste, Sculpture
Hicham Berrada, Installation
Rahshia Linendoll-Sawyer, Photographie
Nour Awada, Vidéo
Mehdi Meddaci, Talent d'eau
Votre magazine est allé visiter pour vous l'exposition "Talents Contemporains 2012" en présence de la commissaire d'exposition Viktoria von der Brüggen et de trois artistes lauréats, Nour Awada, Valère Costes et Mehdi Meddaci. En plus des œuvres primées, chaque lauréat avait la possibilité d'exposer d'autres œuvres afin de compléter la profondeur de leurs réflexions et de la problématique qu'ils traitent dans leur travail.
Un regard sur les œuvres pas commun
Valère COSTES Dark rain, 2012, aluminium, moteurs, bacs en silicone, eau, 118 x 36 x 86 cm
< L'œuvre primée, Dark Rain de Valère Costes, dans la catégorie sculpture, nous immerge dans la forêt amazonienne sous une pluie diluvienne. Dans son travail, Valère Costes est à la recherche du mouvement entre l'homme et la nature. Dans les installations, les sculptures qu'il fait, l'équilibre n'est jamais là, des éléments humains ou naturels peuvent influencer son œuvre. Il y a une sorte de part incontrôlable de la finalité de l'œuvre, ce qui apporte encore un intérêt plus important à la structure. Avec Dark Rain, l'artiste fait le choix de renverser la pluie, celle-ci ne tombe plus du ciel. Ce sont des fines tiges métalliques provenant du dessous de la surface qui provoque ce impact aléatoire de l'eau rebondissante. Au début, on entend que le bruit des tiges puis on arrive à se concentrer sur les gouttelettes d'eau. On se croirait alors avec Valère Costes dans son voyage en Guyane en plein Amazonie.
Ensuite nous avons été troublé par les œuvres d'Hicham Berrada. Cet artiste à la double formation scientifique et artistique propose des créations évolutives dans le temps. Dans trois cuves de verre se trouvent des paysages chimiques en évolution ralentie. Au début, il n'y avait rien dans ses aquariums mais au bout de trois jours des éléments chimiques se sont formés et vont encore évoluer le temps de l'exposition. Une œuvre qui nous donne envie de retourner à la Fondation pour voir l'aboutissement final de la fusion des molécules et des éléments chimiques.
Nour AWADA Les ruisselantes, 2012, vidéo HD, 16’47 min
Les Ruisselantes, œuvre primée dans la catégorie vidéo, est un travail de Nour Awada, jeune artiste libanaise de 29 ans, pleine de vie. Dans sa vidéo de 16'47 minutes, nous voyons l'artiste, elle-même, nue, son haut du corps rempli de boue. Elle est au beau milieu d'un champ, dans une mare de boue. Sous une pluie glacée, on voit progressivement la jeune femme se nettoyer de la boue qui ruisselle sur son corps, celui-ci qui se met petit à petit à convulser. Cette oeuvre provoque en nous beaucoup d'émotions différentes. La gêne, la curiosité, la peur, le soulagement mais c'est surtout la beauté globale de l'œuvre, de cet enracinement, du retour à la terre et de cette performance humaine de l'artiste qui nous a le plus ému.
Pour finir, l'installation-vidéo primée dans la catégorie talent d'eau, se nommant "Murs" de Mehdi Meddaci, est vraiment envoûtante. On regarderait sans problème les 44 min de vidéo. Cette installation variable de cinq écrans apparaît comme un panorama de la vie dans trois lieux distincts : une cité à Paris, le port de Marseille et un ferry allant vers Alger. Il joue avec ses écrans, comme il joue son cadre de prise de vues mais aussi avec les ralentis de mouvements qui décomposent les images. Les images qu'on voit sont également remplies d'émotions lorsqu'on sait que c'est le père de l'artiste qui prenait le ferry pour retourner à Alger pour la première fois. Le regard sur ses vagues qui avance de plus en plus vers un lieu rempli de souvenir.
Chaque œuvre à une histoire et qu’elle histoire. La variété des projets et des supports artistiques est enrichissante. Le côté évolutif de certaines œuvres donnent vraiment envie de revenir une seconde fois. Courrez visiter ce musée qui ne vous laissera pas sans émotion.
Infos pratiques :
Fondation François Schneider
27 rue de la première Armée
68700 Watterwiller
Tarif normal 7 €
Tarif réduit 5 €
Gratuité Enfant de moins de 12 ans
Par L.C