Fanny Boucher, Maître d’Art en héliogravure : rencontre avec une passionnée du cuivre et de la photographie

Luxe | Publié le 24/10/2025 08:47:38
Découvrez l’univers fascinant de Fanny Boucher, héliograveuse d’exception. Entre photographie et gravure sur cuivre, plongez dans un métier d’art rare, son histoire, ses défis et ses créations uniques, reconnues par la Fondation Bettencourt et le titre de Maître d’Art.

C'est à l'occasion de la 2e édition du Salon Artisans d’Excellence qui s'est déroulée au Palais de la Porte Dorée à Paris que votre magazine a rencontré Fanny Boucher, dont le métier très rare a retenu toute notre attention lors de notre visite. On vous propose de faire connaissance avec un univers qui pour beaucoup est totalement inconnu, un artisanat d'excellence qui mérite la lumière.

" C’est une succession de rencontres " : comment le hasard et la passion ont façonné une carrière unique

Bonjour Fanny. Je suis ravie que vous ayez accepté de m’expliquer un peu mieux votre métier. Pourriez-vous commencer par vous présenter, s’il vous plaît ?
Bien sûr ! Je m’appelle Fanny Boucher, je suis héliograveuse et j’exerce en France, plus précisément à Meudon. Je pratique l’héliogravure au grain, une technique datant du 19ᵉ siècle qui permet de combiner la photographie et la gravure sur cuivre.

D’où vous vient cette passion pour l’héliogravure ?
Cette passion est née pendant mes études à l’École Estienne, où je me suis formée à la gravure. J’avais aussi une grande passion pour la photographie argentique. C’est là que j’ai rencontré mon maître en héliogravure, Jean-Daniel Lemoine. Il était retraité, scientifique de formation, et passionné par les procédés photomécaniques du 19ᵉ siècle. Il avait redécouvert cette technique avec Emmanuel, un autre expert de l’époque, car l’héliogravure avait presque disparu en France. Il m’a transmis son savoir-faire, et c’est grâce à lui que j’ai pu me spécialiser.

Vous avez donc suivi une formation longue et exigeante. Comment y êtes-vous arrivée ?
L’École Estienne est une école post-bac, accessible sur concours. C’est l’école supérieure des Arts et Industries Graphiques, et le concours est commun avec d’autres grandes écoles comme Boulle ou Olivier de Serres. J’y ai obtenu un DMA (Diplôme des Métiers d’Art) en gravure. Ensuite, j’ai passé deux ans auprès de mon maître pour apprendre l’héliogravure.

À 18 ans, comment en arrive-t-on à se dire : « C’est ce que je veux faire » ?
Dans ma famille, j’avais un oncle artiste que j’admirais profondément. Après le bac, j’ai voulu me diriger vers des études artistiques. Au départ, je rêvais de devenir caricaturiste, car l’École Estienne est réputée pour l’illustration. Mais en découvrant l’atelier de gravure, j’ai été immédiatement captivée. C’est une succession de rencontres qui m’a conduite vers ce métier, puis à la décision de créer mon propre atelier.

Votre atelier, Heliog, existe depuis 25 ans. Comment avez-vous vécu les débuts ?
Les dix premières années ont été très difficiles. L’héliogravure n’existait presque plus en France, il a fallu recréer une demande, faire reconnaître la technique, et même la réintégrer dans l’inventaire des Métiers d’Art. Petit à petit, les choses se sont mises en place. En 2015, j’ai été nommée Maître d’Art, ce qui m’a permis de transmettre mon savoir-faire à une élève, Marie Levoyer, qui a ouvert son propre atelier à Sèvres. Nous sommes ainsi passés de 1 à 2 héliograveurs en France !
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Fanny BoucherEn 2020, vous êtes lauréate du Prix Bettencourt pour l’Intelligence de la main dans la catégorie Talent d’exception. Qu’est-ce que cela a changé pour vous ?
Ce prix m’a offert un accompagnement précieux pour développer des recherches et des innovations autour de l’héliogravure. Aujourd’hui, mon atelier fonctionne bien. J’ai deux activités principales : d’un côté, je travaille pour des artistes, photographes, galeries et musées qui me commandent des estampes ou des livres d’art ; de l’autre, je développe un travail de recherche sur la matrice en cuivre, que je considère comme une œuvre à part entière.

Pourriez-vous nous expliquer simplement en quoi consiste l’héliogravure ?
Bien sûr ! Imaginez un mélange entre la photographie et la gravure sur cuivre. Je grave des photographies dans du cuivre, en créant des creux de différentes profondeurs grâce à des épaisseurs de gélatine variables. C’est une gravure à l’acide, qui donne une image en relief sur le cuivre, comme une gravure taille-douce, mais avec la finesse de la photographie.

En 25 ans, vous avez construit un parcours impressionnant. Comment la reconnaissance s’est-elle manifestée ?
La reconnaissance est venue progressivement, grâce à la mise en valeur de la technique, à la transmission, et à des distinctions comme le Prix de la Fondation Bettencourt. Aujourd’hui, je travaille aussi sur des projets innovants, comme des panneaux en cuivre héliogravé, dorés à la feuille d’or, inspirés de mon séjour en résidence à Kyoto au Japon.

Travailler avec des institutions comme Versailles ou l’Élysée fait-il partie de votre quotidien ?
Non, je ne fais pas de restauration. Je forme des restaurateurs à l’INP (Institut National du Patrimoine) pour qu’ils puissent restaurer des tirages anciens, mais mon métier reste celui d’héliograveuse. Je crée, j’innove, et je transmets.

Votre travail est fascinant et unique. Toutes nos félicitations pour votre parcours et votre réussite !
Merci beaucoup, cela me touche énormément.

 


Infos pratiques :
Pour en savoir plus : www.heliog.com/
Par MJK
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