Fendi printemps-été 2027 : Maria Grazia Chiuri libère les corps
Defiles | Publié le 24/09/2026 12:23:16
À la Fashion Week de Milan, Maria Grazia Chiuri dévoile pour Fendi un printemps-été 2027 où lingerie, culture pop et vestiaire mixte se rencontrent. Présentée à Milan, la collection Fendi printemps-été 2027 prend le corps comme point de départ. Maria Grazia Chiuri mêle sous-vêtements, vêtements de rue et références à la culture italienne pour poursuivre sa réflexion sur la liberté de s’habiller.
Chez Fendi, le vêtement se rapproche du corps
Pour son deuxième défilé de prêt-à-porter à la tête de Fendi, Maria Grazia Chiuri déplace le regard. Après une première collection automne-hiver 2026-2027 marquée par l’idée du collectif, la créatrice s’intéresse cette fois à ce que le vêtement permet de montrer, de cacher et de ressentir. À la Fashion Week de Milan, le printemps-été 2027 s’ouvre ainsi sur un territoire habituellement tenu à l’écart du vestiaire public : les sous-vêtements féminins et masculins. Dentelle, broderies et jeux de transparence ne servent pas seulement à composer une silhouette sensuelle. Ils interrogent la distance entre le corps intime et le corps social, entre l’image que l’on choisit de donner et celle que les autres perçoivent. La proposition prolonge le travail engagé lors de son premier défilé pour Fendi, tout en lui donnant une expression plus charnelle.
Cette lecture du corps a une résonance particulière chez Fendi. Fondée à Rome en 1925 par Adele et Edoardo Fendi, la maison a bâti son identité sur le travail des matières, de la maroquinerie et de la fourrure, avant de développer un langage où l’expérimentation accompagne le savoir-faire. Chiuri connaît cette histoire de l’intérieur : elle a commencé sa carrière chez Fendi, notamment dans les accessoires, avant ses années chez Valentino puis Dior. Son retour ne consiste donc pas à découvrir des archives étrangères, mais à reprendre une conversation ancienne avec la maison. Le printemps-été 2027 laisse apparaître cette familiarité dans la manière d’associer des matières et des registres qui, sur le papier, pourraient sembler incompatibles : soie et imprimé animal, dentelle et empiècements, velours et surfaces évoquant le parchemin. La robe de chambre quitte l’espace privé pour gagner la rue. Une chaussure devient bijou. Le raffinement bourgeois rencontre une énergie punk, sans qu’un registre prenne le dessus sur l’autre.
La collection accorde aussi une place centrale au dialogue entre vestiaires masculin et féminin. Les pièces se superposent selon des longueurs, des poids et des textures variables, dans une recherche de mouvement plutôt que d’uniformité. Cette approche évite de réduire la mixité à quelques emprunts au vestiaire opposé : elle traite les vêtements comme des éléments disponibles pour différents corps et différentes façons d’être. La fragilité des étoffes légères cohabite avec des matières plus denses ; le brillant répond au mat. Dans ce jeu d’associations, la virtuosité technique de Fendi reste présente, mais elle ne fige pas la silhouette. C’est l’un des enjeux du défilé : montrer comment une maison de luxe peut mettre son savoir-faire au service d’une allure moins prescrite, où chacun compose son propre rapport à l’élégance.
On vous recommande également ces sujets :
London Fashion Week : Marks & Spencer célèbre 100 ans de mode sur le podium
Ralph Lauren à la New York Fashion Week : le Printemps 2027 réinvente le romantisme américain
À New York, Calvin Klein fait du minimalisme un nouveau désir
De Raffaella Carrà aux miroirs, une scène pour plusieurs identités
Maria Grazia Chiuri inscrit cette réflexion dans une histoire culturelle résolument italienne. La figure de Raffaella Carrà traverse la collection : chanteuse, danseuse et personnalité de télévision, elle a fait de ses costumes de scène, de son humour et de son indépendance une forme d’affirmation de soi. Son influence donne au défilé une énergie qui dépasse la seule question de la séduction. Le corps peut jouer avec les regards sans leur appartenir. Le dispositif des miroirs prolonge cette idée. Inspiré de Cubo di specchi de Luciano Fabro, il multiplie les reflets et oblige le public à se voir parmi les autres. La mise en scène convoque également Adriano Celentano et la performance de Prisencolinensinainciusol, dont le rythme et la présence des danseurs participent à cette célébration du mouvement.

Le miroir offre une clé pour comprendre la collection. Une silhouette Fendi n’y apparaît jamais comme une image isolée : elle change selon l’angle, la lumière et les personnes qui l’entourent. Cette vision rejoint le poème d’E. E. Cummings évoqué par Chiuri, dans lequel le corps se découvre aussi dans sa relation à un autre. Sur le podium, la dentelle peut dévoiler tandis qu’une superposition protège ; un vêtement ample peut créer de l’espace là où une pièce près du corps affirme une présence. La créatrice évite ainsi de donner un sens unique à la transparence ou à la sensualité. Elle laisse les contradictions vivre ensemble, comme elles le font dans une garde-robe réelle.
Cette proposition arrive à un moment où chaque défilé d’une grande maison est observé autant pour son identité créative que pour sa capacité à renouveler le désir. Chez Fendi, la question touche aussi les accessoires, piliers historiques de la maison. Chiuri a déjà revisité le Peekaboo dans sa version My Peekaboo, signe que sa vision doit pouvoir circuler du podium aux pièces qui accompagnent la vie quotidienne. Le printemps-été 2027 affirme ici une direction : faire dialoguer l’héritage artisanal romain, la culture populaire et une manière plus ouverte de penser le vêtement. Reste à voir comment cette liberté de combinaison prendra forme dans les collections proposées en boutique. Sur le podium milanais, elle donne déjà à Fendi une voix reconnaissable, attentive aux corps plutôt qu’à une silhouette idéale.
Par la rédaction
Vous avez aimé cet article ? Partagez le :