Fermob et Jean-Charles de Castelbajac redonnent des ailes à la collection Ange
Déco | Publié le 16/09/2026 11:30:16
La jolie marque française Fermob et le couturier designer Jean-Charles de Castelbajac prolongent la collection Ange avec une banquette et un guéridon où le métal se fait poésie. Dix-sept ans après avoir posé ses ailes sur l'emblématique chaise 1900 de Fermob, Jean-Charles de Castelbajac poursuit l'histoire de la collection Ange. Une banquette baptisée Aile et moi et un guéridon viennent aujourd'hui enrichir cet univers où angelots, mots et volutes transforment le mobilier de jardin en objets narratifs.
Fermob et Jean-Charles de Castelbajac, une histoire de métal, de couleur et de poésie
Il y a des collaborations qui semblent évidentes rétrospectivement. Celle de Fermob et Jean-Charles de Castelbajac appartient à cette catégorie. En 2009, le créateur français, davantage associé alors aux vêtements, aux couleurs primaires et à une pop culture dont il avait fait depuis longtemps son terrain de jeu, s'emparait de la chaise 1900, l'une des silhouettes emblématiques de Fermob. Fashions-addict racontait déjà à l'époque cette rencontre entre deux univers réunis par leur goût de la couleur, du geste et d'une certaine fantaisie française. Le designer conservait l'élégance Belle Époque de la chaise, ses volutes et ses courbes, mais transformait son dossier en une scène presque sentimentale : deux angelots s'y embrassent tandis que leurs silhouettes dessinent un cœur. Sur l'assise, quelques mots complétaient ce manifeste miniature : « Cœur à cœur, nez à nez, face à face, bouche à bouche ». Une manière très Castelbajac de faire entrer le langage dans l'objet et de donner au mobilier une dimension affective. Cette première collaboration, que l'on peut retrouver dans notre article consacré à Jean-Charles de Castelbajac et Fermob, trouve aujourd'hui un prolongement particulièrement cohérent.
La rencontre prend aussi une autre dimension avec le temps. Fermob a considérablement élargi son territoire depuis la fin des années 1980, faisant du mobilier outdoor un véritable élément de décoration, capable de circuler du jardin au balcon, de la terrasse privée aux projets d'architecture et d'hospitality. Implantée près de Lyon, la maison revendique plus de trente-cinq années de savoir-faire dans le travail du métal et une présence internationale qui conduit ses meubles de New York à Tokyo, en passant notamment par la Villa Médicis à Rome. Aujourd'hui la marque compte plus de 450 collaborateurs et réalise 50 % de son chiffre d'affaires à l'export. Cette trajectoire accompagne une transformation plus générale du marché : l'extérieur n'est plus traité comme un espace secondaire. Jardin et terrasse sont désormais conçus comme de véritables pièces à vivre, et les frontières entre mobilier indoor et outdoor deviennent de plus en plus poreuses. La couleur, le dessin et la personnalité de l'objet prennent dès lors autant d'importance que sa résistance aux éléments. Dans ce contexte, ressortir Ange du statut de pièce iconique pour en faire une petite famille de mobilier apparaît particulièrement pertinent.
Jean-Charles de Castelbajac arrive également dans cette nouvelle étape de la collaboration avec une actualité artistique dense. En 2026, son langage visuel s'est notamment déployé autour de l'exposition « L'Imagination au Pouvoir » aux Abattoirs à Toulouse, de l'installation « Joyeux Joyaux » pour Mellerio rue de la Paix et de sa participation à l'exposition new-yorkaise « Snoopy in Style NYC », visible jusqu'au 26 septembre. Des projets très différents mais reliés par cette manière qui lui est propre de faire circuler dessins, signes, personnages et couleurs entre mode, art et objets. Chez Fermob, le crayon rencontre cette fois un matériau autrement plus résistant que le papier. « La transformation des traits et des volutes de [son] crayon en métal par la virtuosité du savoir-faire Fermob », explique le designer à propos des nouvelles pièces, donne naissance à « une famille d'éléments poétiques incarnant [sa] démarche créative au cœur des demeures ».
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Aile et moi et le guéridon Ange, quand le dessin devient mobilier
La nouvelle banquette Aile et moi constitue naturellement la pièce la plus expressive de cette extension. Les deux angelots de la chaise originelle prennent ici leurs aises et se rejoignent au centre du dossier pour dessiner un cœur. La composition pourrait basculer dans le décoratif nostalgique, mais Castelbajac conserve cette simplicité graphique qui fait immédiatement basculer l'ensemble dans son propre vocabulaire. La référence au mobilier romantique et aux ornements de la Belle Époque demeure lisible, tandis que le trait presque naïf des ailes et des visages lui donne une présence beaucoup plus contemporaine. Sur l'assise apparaît une nouvelle phrase : « Côte à côte, ami-ami, aile à aile ». Le banc devient ainsi moins un meuble destiné à meubler un espace qu'une invitation à l'occuper ensemble. L'amour est présent, mais l'amitié et la complicité le sont tout autant. Dans les visuels de la collection, notamment celui présentant la banquette dans une teinte orangée face à un intérieur volontairement dépouillé, cette dimension sculpturale apparaît nettement : le meuble fonctionne presque comme un dessin en trois dimensions.
À ses côtés, le guéridon Ange adopte une écriture plus discrète. Deux ailes viennent se loger sous le plateau tandis que les mots « Tête à tête, âme à âme » sont découpés dans l'acier. Pensé comme une petite table d'appoint plutôt que comme une table de repas, il accompagne une assise, un salon extérieur ou un espace plus intime. L'association des deux nouveautés est intéressante précisément parce qu'elle évite l'effet de déclinaison systématique. Castelbajac reprend les mêmes signes, ailes, mots, courbes et symboles, mais les adapte à la fonction de chaque objet. Le dessin devient structure et l'ornement participe directement à l'identité du meuble.
Derrière cette apparente légèreté se cache surtout un travail technique assez poussé. La banquette et le guéridon sont entièrement réalisés en acier. Fermob conjugue cintrage du fil d'acier, forge manuelle des bagues et des ailes et découpe laser pour matérialiser aussi bien les motifs que les mots imaginés par le designer. C'est sans doute là que la collaboration prend tout son sens : ce qui pourrait rester un dessin ou un geste graphique doit devenir une structure suffisamment robuste pour affronter un usage extérieur. La banquette associe ainsi structure et dossier en fil d'acier à une assise en tôle d'acier perforée et accueille deux personnes. Le métal, issu du recyclage et recyclable à l'infini selon Fermob, permet parallèlement de replacer ces objets décoratifs dans les problématiques contemporaines de durabilité. Le nuancier métal de la maison leur offre par ailleurs une large palette chromatique, essentielle lorsqu'on connaît l'importance de la couleur aussi bien chez Fermob que chez Castelbajac.
Cette extension d'Ange raconte finalement assez bien l'évolution du design outdoor depuis la première collaboration de 2009. La chaise de l'époque était déjà une proposition singulière, mais le jardin est depuis devenu un territoire d'expression décorative à part entière. Les nouvelles pièces n'essaient donc pas de se rendre invisibles dans le paysage. Elles revendiquent au contraire leur présence, leur couleur et même leurs mots. À l'heure où une grande partie du mobilier contemporain cultive une forme de neutralité rassurante, Jean-Charles de Castelbajac et Fermob choisissent l'exact opposé : faire d'un banc et d'un guéridon des objets avec lesquels on établit une relation. Dix-sept ans après leur première rencontre, les deux signatures n'ont finalement pas changé de langage. Elles disposent simplement de davantage de place pour raconter leur histoire.
Infos pratiques :
La banquette Aile et moi Ange est affichée à 750 euros sur le site de Fermob, avec une fabrication annoncée entre cinq et huit semaines. Elle est proposée dans le nuancier métal Fermob. La chaise Ange historique reste également disponible, affichée à 429 euros.
Par la rédaction
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