Haute Couture, un univers à part
Mode | Publié le 06/02/2012 09:04:17
C’est le couturier Charles Frederick Worth qui en 1868 inventa le concept de Haute Couture comme nous le connaissons aujourd’hui. Autrefois, les clientes allaient dans les ateliers et avec l’aide du couturier créaient sur le moment leur robe. Worth introduit le concept de “collection”: quelques modèles présentés sur des mannequins, parmi lesquels après les clients peuvent choisir. Il créa aussi la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne, aujourd’hui transformé sous l'intitulé Fédération Française de la Couture. Les Sœurs Callot, Jean Patou, Paul Poiret, Jeanne Lanvin, Elsa Schiaparelli, André Courrèges sont les noms qui après ont rendu célèbre cette invention. La Haute Couture demeure une référence
La couture a été la seule mode possible jusqu'à ce que Yves Saint Laurent créa le concept de prêt-à-porter avec sa collection “Rive gauche” dans les années 60. La crise économique qui paralyse depuis 2009 l’Europe et l’Amérique a quasiment fait disparaître la classe moyenne. La séparation entre riches et pauvres n’a jamais été si marqué. Le prêt-à-porter vit un de ses pires moment. Et la haute couture, dans tout ça ? La haute couture se porte très bien. Même si elle ne constitue pas la principale rente des maisons (qui assurent leur survie grâce aux accessoires) les ventes ne sont pas en baisse. Le nombre total des acheteurs, qui atteint plus ou moins la centaine, n'a pas changé : seul, Chinois et Indiens ont remplacé Américains et Russes. Même si ce concept de Haute Couture est une exception française, il intéresse de nombreux créateurs. On a même depuis inventé le terme de "Couture" avec un C majuscule. Pour obtenir le label "Haute Couture" les contraintes sont parfois trop strictes pour certaines maisons.
Dans les dernières décennies, L’Europe n’a jamais constitué un marché valable pour la haute couture, désormais elle est en dehors de notre culture. Si on exclue les actrices qui se font prêter des robes pour les passages sur les tapis rouges, rarement on verra une robe haute couture dans les soirées ou aux mariages. Avant la crise, les clientes arrivaient principalement des Etats-Unis et de Russie. Même si ils sont toujours présents, leur nombre a significativement diminué : avec le crack boursier de 2009 plusieurs fortunes ont chuté en Amérique. En Russie, où la crise a été moins violente, la culture couture et mode a changé : exit le modèle bling-bling des nouveaux riches qui ont fait fortune avec la chute de l’Union Soviétique, aujourd’hui la deuxième génération rentrée des meilleurs campus d’Europe affiche de goûts plus raffinés, moins dans l'ostentation.
Les nouveaux clients sont aujourd'hui originaires de Chine, du Moyen Orient et de l’Inde. Dans ces pays encore en voie de développement, le statut fraichement gagné de “riche" doit être démontré avec des signes tangibles et facilement reconnaissables, comme les bijoux et les robes haute coutures. L'âge aussi a subi une modification substantielle. Avoir une robe haute couture n'est plus seul un apanage des dames du grand monde qui ont besoin de ces créations raffinées pour leurs soirées de gala. Aux premiers rangs des défilés, assises à coté des actrices hollywoodiennes, aujourd'hui on trouve des filles de 20 ans provenant surtout du Moyen Orient. On vient chercher sa robe de mariée et pendant qu'on y est, on en profite pour compléter sa garde-robe.
Ce changement de clientèle a poussé les créateurs à revoir leurs modèles : à coté de longues robes de cocktail, maintenant on trouve aussi des mises plus courtes et fraiches. Une des raisons pour lesquelles le nom de Riccardo Tisci a circulé un temps pour remplacer Galliano chez Dior, Tisci a su rajeunir la clientèle de la maison Givenchy, notamment pour la Haute Couture.
Dans un monde de plus en plus globalisé, formaté, où les mêmes marques sont disponibles partout, le fait d'avoir une robe unique est une des principales raisons qui poussent ces femmes riches à courir les ateliers parisiens. Après avoir assisté au défilé et pris note de modèles préférés, les clientes se rendent dans les ateliers pour donner leurs mensurations et apporter les modifications souhaitées. Là, elles peuvent aussi découvrir des modèles qui n'ont pas défilé : dans la haute couture on ne parle pas vraiment de saisons et chaque robe reste disponible année après année. Chez Atelier Versace, par exemple, les archives sont ouvertes et disponibles à la consultation.
Pourtant, il ne faut pas oublier que la Couture n'est pas seulement un business mais aussi un art à part entière. Grace à elle, on garde en vie un savoir-faire artisanal qui sans elle pourrait disparaître. Car les robes haute couture ne sont pas fabriquées en usine mais à la main, par des artisans spécialisés qui utilisent des techniques vieilles de siècles. La Maison Chanel l'a bien compris en investissant dans ces ateliers. C'est la perte de ces compétences et le coût pour entretenir les ateliers qui aujourd'hui met sérieusement la Haute Couture en danger, pas le manque de clientes, ces couturières aux doigts d’or ont le mérite de rendre une femme magnifique et unique pour une soirée, on espère que la France saura garder dans le temps ce privilège indéniable. La Haute Couture est la vitrine des talents de notre pays, elle se doit de perdurer. Il est essentiel que nos savoir-faire et compétences se transmettent auprès des jeunes générations.
Par C.C
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