Hélène du Trémolet, l’art du cœur comme matière
Culture | Publié le 01/04/2026 14:13:45
Hélène du Trémolet explore l’amour et la mémoire à travers une œuvre où la matière devient cœur et langage artistique contemporain. Artiste contemporaine basée en Suisse, Hélène du Trémolet (portrait ci-dessus à droite - Crédit photo : Audrey Piguet) développe depuis plus de vingt ans un travail singulier autour du cœur comme forme universelle. Entre transformation des matières et mémoire émotionnelle, son œuvre s’inscrit à la croisée de l’art contemporain et des enjeux créatifs actuels. Nous nous sommes rendus à Lausanne afin de rencontrer cette artiste passionnée qui ne fixe pas de limites à sa créativité.
Une œuvre façonnée par la mémoire et la transformation des matières
Dans le paysage discret mais exigeant de l’art contemporain, certaines signatures émergent sans bruit, portées par une cohérence plastique et une vision profondément personnelle. Hélène du Trémolet appartient à cette catégorie d’artistes dont le geste, répété, affiné, devient langage. Depuis le début des années 2000, cette artiste basée en Suisse développe une œuvre centrée sur une forme simple, presque universelle : le cœur. Mais loin de toute lecture décorative ou sentimentale, ce motif devient chez elle un outil d’exploration, un prisme à travers lequel se rejouent les liens humains, la mémoire et la transformation de l’intime en matière visible.
Dans son atelier, l’émotion n’est pas un concept abstrait. Elle se manipule, se découpe, se recompose. Cuir, textiles, objets personnels, fragments de vie — autant d’éléments chargés d’histoire — sont travaillés, fragmentés puis assemblés en compositions plastiques. Cette approche, qui consiste à transformer la matière émotionnelle en œuvres, constitue la signature même de l’artiste. Le cœur, répété, démultiplié, devient une unité de langage, presque un module architectural. L’intime quitte alors le domaine du souvenir pour entrer dans celui de la forme.
Certaines pièces illustrent particulièrement cette démarche. La série Women Beauty Life (2021) explore la cire comme matériau, introduisant une dimension tactile et organique, tandis que Fashionist’ Art : White Karmacoma (2019) détourne un vêtement — une jupe en cuir — pour en faire une composition plastique. Plus récemment, Red Karmacoma (2025), prolonge cette réflexion sur le cuir, matière vivante et chargée de mémoire. Chaque œuvre devient ainsi un territoire où se rencontrent esthétique, biographie et transformation.
Ce travail s’inscrit dans une tendance plus large de la création contemporaine, où la question de la seconde vie des matériaux et de leur charge symbolique occupe une place centrale. À l’instar de certains créateurs issus du monde de la mode ou du design, Hélène du Trémolet interroge la valeur émotionnelle des objets. Elle ne se contente pas de recycler : elle réinterprète, recompose, et propose une nouvelle lecture du lien entre matière et mémoire.
Hélène de Trémolet nous confie avoir commencé les arts plastiques il y a 20 ans. A ses débuts son art se résume à de la peinture sur bois. Qu'est-ce qui a déclenché en elle le chemin des cœurs sur ses œuvres ? Quand elle travaillait dans la chimie son entourage profesionnel notamment était constitué de personnes n'ayant pas de relations stables en amour. C'est à partir de cette observation qu'elle a travaillé autour du cœur.
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Une exposition intime et un dialogue entre art, mode et émotion
Cette recherche trouve aujourd’hui un prolongement dans une exposition présentée au Restaurant du Jorat à Mézières, en Suisse, où l’artiste dévoile sa collection Love Mantra Charabia . Le choix du lieu, loin des circuits traditionnels des galeries urbaines, participe à la dimension intimiste du projet. Ici, l’œuvre se découvre dans un cadre quotidien, presque domestique, renforçant le lien entre art et expérience personnelle.
La notion de “mantra visuel”, évoquée dans cette série, traduit bien l’approche de l’artiste : la répétition du motif du cœur agit comme une incantation, une manière de faire émerger, par accumulation, la complexité des émotions humaines. Chaque variation, chaque composition, explore une nuance différente — amour, rupture, mémoire, attachement — sans jamais tomber dans une narration explicite. L’œuvre reste ouverte, laissant au visiteur la possibilité de projeter sa propre expérience.
Cette dimension introspective n’exclut pas pour autant le dialogue avec d’autres disciplines. L’univers de Hélène du Trémolet entretient des résonances évidentes avec la mode, notamment à travers son utilisation de matériaux textiles ou cuir. Certaines séries, comme Fashionist’Art, revendiquent même cette proximité, inscrivant son travail dans un champ élargi où l’objet, le vêtement et l’œuvre dialoguent.

Les collaborations artistiques participent également à enrichir cette approche. La série Aquarelles secrètes (photo ci-dessus à droite), réalisée avec l’aquarelliste Douglas Grenville, propose une relecture d’œuvres abstraites transformées en compositions de cœurs . Ici encore, la logique de transformation est centrale : il s’agit de donner une seconde vie à des œuvres, de prolonger leur existence sous une autre forme. Cette collaboration illustre la capacité de l’artiste à inscrire son travail dans un réseau de pratiques et de sensibilités contemporaines.
Plus spectaculaire, la transformation d’un piano Blüthner en œuvre visuelle témoigne de cette volonté de dépasser les frontières entre disciplines. La musique, matière immatérielle par excellence, devient ici support d’une réflexion plastique, confirmant la dimension transversale du travail de l’artiste.
Au fil des années, Hélène du Trémolet a ainsi construit une œuvre cohérente, reconnaissable, où le cœur n’est plus seulement un symbole mais un véritable outil de création. Une œuvre qui interroge notre rapport aux objets, à la mémoire et à l’émotion, dans un monde où tout semble parfois se dématérialiser. Chez elle, au contraire, l’émotion prend corps, s’inscrit dans la matière, et se donne à voir. Un vrai "coup de coeur" qu'il faut absolument découvrir !
Infos pratiques :
Exposition : Love Mantra Charabia
Lieu : Restaurant du Jorat, Mézières (Vaud, Suisse)
Dates : du 2 février au 30 avril 2026
Personnalisation d’œuvres possible sur demande
Contact : www.hdutrem.com
Par MJK
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