Jitrois Printemps-Été 2027 : P.L.A.Y. fait danser le cuir au grand jour

Luxe | Publié le 03/10/2026 17:01:59
Jitrois Printemps-Été 2027
Avec P.L.A.Y., Jitrois réinvente son cuir stretch pour l’été 2027 entre esprit festival, seconde peau, broderies couture et énergie nocturne.

Avec P.L.A.Y., acronyme de « Put Love All Around You », Jitrois imagine son Printemps-Été 2027 comme le lendemain solaire d’une nuit de fête. Sous la direction artistique de Jean-Claude Jitrois, Tristan Van Bruwaene et Jay Wilson font sortir le cuir stretch de l’obscurité pour l’emmener dans la rue, sur les pistes et jusque dans l’univers des festivals.

Jitrois transforme son héritage du cuir en terrain de jeu

Chez Jitrois, le cuir n’a jamais été seulement une matière. Depuis près d’un demi-siècle, Jean-Claude Jitrois en a fait un vocabulaire, presque une manière de penser le corps. Avant la mode, le créateur s’est intéressé à la psychomotricité et au psychodrame, des disciplines qui interrogent précisément le rapport au mouvement, à l’identité et aux autres. Cette première vie éclaire encore aujourd’hui une maison qui envisage le vêtement comme une enveloppe capable d’accompagner le corps plutôt que de l’enfermer. Dans les années 1980, Jitrois contribue à faire entrer le cuir dans un registre résolument couture, en travaillant sa couleur, ses volumes et sa sensualité, avant de développer au début des années 1990 son fameux cuir stretch. Une innovation devenue signature, grâce à laquelle l’agneau peut épouser la silhouette avec l’élasticité d’une véritable seconde peau. À l’heure où le marché du luxe se montre plus sélectif, où les consommateurs interrogent davantage la valeur créative et la légitimité des maisons, cette continuité technique constitue pour Jitrois un territoire particulièrement identifiable.

P.L.A.Y., pour « Put Love All Around You », part justement de cette histoire pour la déplacer. « C'était un rêve devenu réalité : le cuir comme une seconde peau », raconte Jean-Claude Jitrois. Avec cette collection femme et homme Printemps-Été 2027, cette seconde peau abandonne symboliquement les lumières artificielles de la nuit pour affronter le soleil. Le point de départ convoque les Black Leather Balls que Jean-Claude Jitrois organisait rue de Rivoli dans les années 2000. Le principe était limpide : cuir et noir pour dress code, liberté et carpe diem pour philosophie. Mais P.L.A.Y. imagine ce qu’il resterait de cette fête si elle se poursuivait après le lever du jour. Le cuir descend dans la rue, gagne les festivals, attrape la lumière et devient moins armure que mouvement. « Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous », affirme la collection comme une profession de foi sentimentale.

Ce déplacement est aussi générationnel. En février 2026, la maison avait ouvert un nouveau chapitre en confiant la direction de la création à Tristan Van Bruwaene et Jay Wilson, Jean-Claude Jitrois conservant la direction artistique. P.L.A.Y. confirme l’intérêt de cette organisation à trois voix. Van Bruwaene apporte sa connaissance technique du cuir et de la construction couture, acquise après plus de quinze années au sein de la maison, tandis que Jay Wilson, formé à Central Saint Martins et passé par le styling musical, introduit une culture visuelle davantage connectée à la scène, à l’image et aux nouvelles communautés créatives. Cette rencontre évite l’écueil d’une modernisation artificielle. Ici, il ne s’agit pas d’effacer l’histoire de Jitrois mais de la confronter à une génération qui envisage la fête, le vêtement et le genre avec d’autres codes.

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De l’indie sleaze aux broderies couture, une fête construite dans le détail

Les références de P.L.A.Y. ne cherchent d’ailleurs pas la retenue. L’équipe évoque un été partagé entre Barcelone, Mykonos, Tomorrowland et Paris, comme autant de fragments d’une culture festive européenne. Jay Wilson décrit la collection comme « un freak mix d'instantanés de vie, passé à la machine à laver jusqu'à en ressortir sublimé ». L’image résume assez bien cette proposition où l’indie sleaze des années 2000 rencontre les savoir-faire du cuir parisien. On imagine des filles en pièces de couture chaussées de bottes de caoutchouc, toujours en train de danser lorsque les premiers rayons du jour frappent le décor du festival. La musique n’est jamais loin. La génération de femmes DJ incarnée notamment par Charlotte de Witte ou Amelie Lens accompagne cette énergie, à la fois sombre, physique et euphorique.

La collection développe cette tension entre apparente spontanéité et sophistication extrême. Une robe à franges multicolores rend hommage à l’exubérance de Bob Mackie et transforme chaque mouvement en vibration. Sur une veste noire à franges, chaque lanière de cuir est montée sur une base de soie afin d’alléger la matière et de lui donner une mobilité inattendue. La broderie constitue l’autre terrain de démonstration du savoir-faire maison. Un boléro couvert de roses, travaillé en jour échelle, dialogue avec un top corset zippé, tandis que d’autres motifs reproduisent l’effet des affiches sauvages arrachées et superposées sur les murs des grandes villes. Ces compositions sont brodées puis découpées à la main, comme si la culture urbaine la plus éphémère était traduite dans le langage patient de l’artisanat.

Le vestiaire multiplie les contrastes. Le thème Stéphanie travaille les volumes à travers des blouses de cuir aux manches bouffantes, des poignets et des basques volantés noués de rubans, associés à de longues jupes fendues haut sur la cuisse. À l’autre extrémité du spectre, les petites robes seconde peau assument une silhouette étroite, directe, pensée pour le mouvement. Les pantalons passent du capri ajusté à des volumes plus généreux et brodés, tandis que les modèles à œillets et lacets sont déclinés aussi bien en cuir qu’en daim stretch. Corsets lacés, capes réversibles et rayures tennis déconstruites poursuivent ce travail de confrontation entre codes bourgeois, vestiaire nocturne et culture club.

Jitrois Printemps-Été 2027  Jitrois Printemps-Été 2027

L’homme n’est plus un simple contrepoint. P.L.A.Y. lui réserve du daim stretch couleur alezan, du python bleu et noir, des tops seconde peau, des shorts très courts et des combinaisons de cuir stretch noir. Un sweat à capuche couvert de cristaux Swarovski pousse encore plus loin cette porosité entre streetwear et couture. La palette, elle aussi, raconte le passage des heures. Le noir demeure l’ancrage historique de Jitrois mais se laisse progressivement envahir par le rose pétale, le bleu jean, le vert menthe et l’alezan, avant que le rouge, le fuchsia et le jaune ne viennent accompagner la tombée du soir. Les franges finissent par absorber toutes les couleurs, comme si la fête recommençait exactement là où elle avait commencé.

Cette manière de travailler un patrimoine sans le figer arrive à un moment particulier pour le luxe. Après plusieurs années où les hausses de prix et la puissance des grandes signatures ont largement soutenu le secteur, la question de la désirabilité redevient centrale. Les maisons dotées d’un savoir-faire immédiatement reconnaissable disposent dans ce contexte d’un langage précieux, à condition de ne pas le transformer en simple exercice patrimonial. Jitrois semble choisir une autre voie. P.L.A.Y. conserve le cuir stretch, le corps, la sensualité et la virtuosité artisanale, mais les confronte à l’esprit festival, à l’indie sleaze, au vestiaire masculin et à une forme de désordre contemporain. La seconde peau maison n’est donc plus seulement faite pour être regardée. Elle veut être vécue, froissée par la nuit, éclairée par le matin et, surtout, portée en mouvement.

Par la rédaction
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