LET’S GO! : Fauve Hautot et Romain Guillermic réinventent la danse au 13e Art
Culture | Publié le 28/09/2026 07:54:35
Fauve Hautot et Romain Guillermic lancent LET’S GO!, première création de Same But Different, au 13e Art à Paris du 8 octobre au 8 novembre 2026. À quelques jours de sa première parisienne, LET’S GO! marque les débuts sur scène de la compagnie Same But Different, fondée par Fauve Hautot et Romain Guillermic. Au 13e Art, les deux chorégraphes réunissent neuf interprètes dans un spectacle hybride où danse, cinéma, mode et performance se rencontrent autour d’une même idée : faire de la singularité une force collective.
LET’S GO!, une première création née d’une rencontre inattendue
D’un côté, Fauve Hautot, silhouette immédiatement reconnaissable de la danse française grand public, nourrie par la compétition, la télévision, la scène et désormais le cinéma. De l’autre, Romain Guillermic, alias Skips, enfant de la danse électro passé par les battles, la création contemporaine, la mode et le septième art. Leur rapprochement aurait pu n’être qu’une collision esthétique ponctuelle. Il est devenu un projet de compagnie. Créée en février 2025, Same But Different présente aujourd’hui son premier spectacle, LET’S GO!, attendu au 13e Art à Paris du 8 octobre au 8 novembre 2026, pour 29 représentations avant un départ en tournée en France. Ce calendrier donne au projet une dimension particulière : il ne s’agit plus seulement pour les deux artistes de confronter leurs vocabulaires, mais de poser les bases d’une identité chorégraphique appelée à durer.
Cette histoire commence véritablement sous les projecteurs de Paris 2024. Fauve Hautot et Romain Guillermic se retrouvent lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, où ils représentent respectivement la danse de salon et la danse électro. Leur association se prolonge ensuite avec les interprètes du CCN-Ballet de Lorraine dans une courte création mêlant leurs énergies et leurs influences. Cette filiation est essentielle pour comprendre LET’S GO! : la pièce part précisément de la confrontation des langages et de la manière dont des corps issus d’écoles différentes peuvent construire un vocabulaire commun. Dans un paysage du spectacle vivant où les frontières entre danse contemporaine, cultures urbaines, théâtre, musique, vidéo et performance deviennent de plus en plus poreuses, Same But Different assume pleinement l’hybridation. À sa manière, cette recherche prolonge une réflexion que votre magazine avait déjà abordée avec La Leçon, le drame comique dansé de Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault, autre exemple d’une danse cherchant à dépasser la seule démonstration chorégraphique pour produire une expérience scénique globale.
Les trajectoires des deux fondateurs expliquent cette volonté de décloisonnement. Fauve Hautot a d’abord construit sa technique dans la danse sportive, jusqu’à remporter en 2001 le championnat de France junior de danse latine. Après Dancing Show en 2006, elle choisit la scène, enrichit sa pratique auprès notamment de Rick Odums, rejoint en 2018 la comédie musicale Saturday Night Fever puis se forme au jeu d’acteur. Depuis 2011, son histoire est également étroitement liée à Danse avec les stars, compétition qu’elle a remportée à plusieurs reprises avant de rejoindre le jury. Plus récemment, elle a développé sa présence devant la caméra, notamment dans Bastion 36 d’Olivier Marchal ou bien encore à la télévision dans la série La Cible diffusée il y a peu sur TF1. Romain Guillermic porte un itinéraire presque inverse. Né en 1994, il découvre la danse électro à douze ans, devient une figure internationale de cette scène, travaille avec Blanca Li dès Elektro Kif, apparaît dans Climax de Gaspar Noé, collabore avec Dua Lipa et Travis Scott et chorégraphie également pour Loewe. En 2026, parallèlement à LET’S GO!, il développe une création pour le spectacle théâtral Ne t’arrête pas de courir. Deux parcours presque opposés donc, mais une même envie de brouiller les cases.
Cette philosophie est résumée dans le nom même de la compagnie. Same But Different envisage la danse comme un espace suffisamment vaste pour accueillir électro, danse de salon, modern, hip-hop ou contemporain sans chercher à les uniformiser. Les chorégraphies sont pensées avec une logique cinématographique, autour de personnages, de narration, de ruptures de ton et d’une occupation très graphique de l’espace. L’enjeu dépasse alors la simple fusion de styles. Dans une économie culturelle où le spectacle vivant doit constamment renouveler son rapport au public, notamment auprès de générations nourries par le clip, les réseaux sociaux, les séries et les images en mouvement, LET’S GO! choisit de ne pas opposer culture populaire et création contemporaine. Le spectacle semble au contraire vouloir circuler librement entre ces univers.
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Un atelier inspiré de Warhol où la caméra devient interprète
C’est probablement dans son dispositif scénique que LET’S GO! affirme le plus nettement sa singularité. Fauve Hautot et Romain Guillermic revendiquent un spectacle hybride né de leur passion commune pour la danse et le cinéma. Sur scène, neuf interprètes évoluent dans un atelier créatif conçu comme un espace de fabrication et d’expérimentation, avec une référence assumée à la mythique Factory d’Andy Warhol. Mais la véritable idée forte tient à la présence d’un opérateur Steadicam parmi les artistes. La caméra ne se contente pas de documenter ce qui se passe : elle pénètre dans l’espace chorégraphique, s’approche des corps, déplace le point de vue et devient, selon les créateurs, un véritable « partenaire de jeu ».
Cette hybridation entre scène et image apporte une dimension très contemporaine à la proposition, comme si le spectateur était simultanément placé devant une chorégraphie en train de se construire et à l’intérieur de son propre tournage. Ce choix prend encore plus de sens avec la présence de Stefano Forlini. Opérateur Steadicam ayant notamment travaillé sur la série Lupin et sur des défilés de mode parisiens, il pratique parallèlement le tango argentin depuis une quinzaine d’années. Pour LET’S GO!, les deux univers fusionnent pour la première fois sur scène. L’idée raconte presque à elle seule la démarche de Same But Different : ne plus considérer la technique comme un élément invisible placé derrière le spectacle, mais l’intégrer au mouvement lui-même. Le cadreur devient interprète, l’image participe à la dramaturgie et la fabrication du spectacle devient une partie du spectacle. Dans cette scénographie imaginée par Christophe Ouvrard, avec des costumes conçus par Stéphanie Vaillant avec la compagnie Same But Different et une création lumière signée Dimitri Vassiliu, la danse dialogue ainsi autant avec le design de l’espace qu’avec la caméra.
Autour de Fauve Hautot et Romain Guillermic se déploie surtout une distribution pensée comme un assemblage de personnalités plutôt que comme un corps de ballet uniforme. Lexane Turc vient du Ballet Junior de Genève puis du Ballet de Lorraine et a traversé les univers de Hofesh Shechter, Marcos Morau, Olivier Dubois, Rachid Ouramdane ou Maud Le Pladec. Pauline Journé a travaillé avec Blanca Li et la compagnie Käfig de Mourad Merzouki, tandis que Cacao vient notamment du hip-hop et des productions Starmania et Noé, la force de vivre. Tianée Achille relie danse électro et Ballroom, quand Tonbee Cattaruzza revendique lui aussi une approche profondément pluridisciplinaire. Cette diversité de formations est moins anecdotique qu’elle n’y paraît : elle constitue précisément la matière chorégraphique du spectacle. Chaque interprète conserve sa physicalité et son vocabulaire, mais participe à une énergie commune.
LET’S GO! semble ainsi moins intéressé par la recherche d’une perfection homogène que par les frottements, les accidents, les confrontations et les rencontres. Fauve Hautot et Romain Guillermic veulent montrer comment se construit une idée, comment elle se transforme au contact des autres et comment une création peut naître de l’incertitude autant que de la maîtrise. Leur intention est claire : « LET'S GO! est un état d’esprit, une invitation au mouvement, à l’élan collectif, à la rencontre des différences. Un spectacle sensoriel, où la scène est un espace de liberté, de poésie et de communion. » … À quelques jours de la première, c’est probablement là que réside l’intérêt de ce nouveau projet : derrière l’énergie attendue et la puissance spectaculaire du geste, LET’S GO! cherche surtout à raconter la création elle-même et à rendre visible ce moment fragile où plusieurs individualités commencent, enfin, à former un collectif.
Infos pratiques :
LET’S GO! de Fauve Hautot et Romain Guillermic sera présenté au 13e Art, Centre commercial Italie Deux, 30 place d’Italie, Paris 13e, du 8 octobre au 8 novembre 2026, avant une tournée en France à partir du 10 novembre. Le spectacle dure 1 h 15 et est accessible à tout public. Les tarifs annoncés sont de 30 € en catégorie 3, 49 € en catégorie 2, 59 € en catégorie 1 et 69 € en Carré Or. Le théâtre est accessible par les lignes de métro 5, 6 et 7, station Place d’Italie.
Par la rédaction
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