Les podiums à la recherche de mannequins noirs ...

Defiles | Publié le 24/06/2008 12:01:12
Elles s'appelaient Mounia, Naomi, Katoucha, Iman ou Alek: reines des podiums depuis les années 80, aux côtés des top models blancs, les mannequins noirs ont quasiment disparu des défilés, balayés par la vogue des filles de l'Est et la suprématie de leurs canons de beauté.

"J'ai demandé à l'agence (de mannequins) des blacks pour notre prochain défilé" mais "il n'y en a pas", raconte le créateur Mario Lefranc, de la jeune griffe Lefranc-Ferrant. "Il y en a marre des Russes blondes !" lance-t-il. "Très clairement, il y a une mode des blondes aux yeux bleus". "En ce moment, il faut vraiment faire un effort. Il n'y a pas de blacks sur le marché, les agences n'en envoient pas", renchérit-on dans l'entourage de Jean-Paul Gaultier qui a toujours promu la diversité (d'origine, d'âge, de corpulence) dans ses défilés. Depuis quelques années, "ça devient l'invasion des filles d'Europe de l'Est, de ces canons de beauté".

Pour l'historienne de la mode Lydia Kamitsis, "aujourd'hui où la diversité est promue, beaucoup plus acceptée", la logique voudrait que "ça se traduise immédiatement sur les podiums, or c'est exactement l'inverse". Dans les années 60, "où l'ostracisme et le racisme étaient des données encore très présentes", il y avait "une sorte d'uniformité et de prégnance de la race blanche", rappelle-t-elle. Il y a eu une "rupture radicale" dans le milieu des années 60, qui "a été d'utiliser des mannequins noirs en cover girls de couvertures de magazines) mais aussi en défilés. Ca a été un vrai scandale", souligne l'historienne. Des couturiers comme Yves Saint Laurent et Paco Rabanne furent alors parmi les premiers à faire défiler des mannequins noirs.
Dans les années 80, "c'est une explosion de diversité", avec "des mannequins de toutes cultures, de tous formats (...) et puis tout ça progressivement disparaît pour assister à cette uniformité et cette prégnance blanche aujourd'hui", constate Mme Kamitsis.

Selon elle, c'est parce qu'"on est moins dans une logique de création que de marques", une "logique de produit" qui implique "une sorte d'effacement de la personalité du mannequin au profit du produit. Il y a eu des périodes où le créateur avait la volonté d'être dans la société, de la représenter, de promouvoir sa diversité, estime Mme Kamitsis. Des couturiers comme Azzedine Alaïa et Jean-Paul Gaultier ont voulu "casser le moule des canons de beauté". Aujourd'hui, "il y a une tendance générale à vouloir au contraire se fondre dans une certaine uniformité, une neutralité", ajoute-t-elle. Le champ d'action des créateurs est "très restreint par les stratégies de marketing" et "une prise de risque zéro".

Par ailleurs, "le marché de la mode, les marchés dits émergents comme la Chine et la Russie, les pays arabes, sont des sociétés qui ne sont pas particulièrement réputées pour leur mixité ou en tous cas pour l'acceptation de la mixité culturelle", relève Mme Kamitsis. "Le mannequin blanc est sans doute le plus passe-partout pour atteindre ces clientèles-là".
"Il faut vendre", résume Renée Dujac-Cassou, directrice de l'agence de mannequins Crystal. Et "ce qui a toujours fait rêver les gens, c'est la blonde aux yeux bleus. C'est aussi bête que ça", affirme-t-elle. "La belle Africaine, ça ne fait rêver personne. (...) Une princesse tibétaine, elle ne fait rêver personne aujourd'hui, une princesse chinoise non plus", lance-t-elle. Selon Mme Dujac-Cassou, de ce fait, la proportion de mannequins non blancs sur les podiums "sera toujours extrêmement limitée".

Par MJK

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