Les "vrais hommes" de retour sur les podiums de mode masculine

Defiles | Publié le 26/06/2008 12:44:14
Les "vrais hommes" amorcent un retour sur les podiums de mode masculine, disputant le terrain aux mannequins ultra minces et androgynes qui se sont multipliés ces dernières années dans les défilés. Les mannequins masculins ont en effet suivi, avec retard, l'évolution observée chez leurs homologues féminins, devenus de plus en plus minces, de plus en plus jeunes. A partir du milieu des années 90, "on est passé du modèle très viril, avec tout ce que ça implique en termes de corps sculptural, bodybuildé, à un aspect juvénile, voire presque adolescent, donc très filiforme", rappelle l'historienne de la mode Lydia Kamitsis.

"Un nombre étonnant de garçons à la poitrine de poulet, aux joues creuses et paraissant sous-alimentés" ont défilé à Milan et à Paris, soulignait encore en février dernier le quotidien américain The New York Times.
Mais une page est peut-être en train de se tourner. "Cette saison, l'homme Ungaro est un peu texan, avec un côté jeune premier qui vient de la ferme", explique le styliste Damien Amsallem, responsable du studio de la maison. "Il a un physique marqué et des traits d'homme". "On revient vers un modèle qui n'est pas dans la virilité caricaturale mais dans une masculinité qui correspond plus à la réalité des jeunes gens occidentaux", estime Mme Kamitsis. Les mannequins aux larges épaules et aux pectoraux avantageux ont été balayés des podiums à la fin des années 90 par une génération de créateurs "très férus de culture de rue, de rock and roll, avec une dimension beaucoup plus androgyne de la mode masculine", précise Mme Kamitsis.
Le Français Hedi Slimane, puis le Belge Raf Simons ont fortement contribué à accentuer cette tendance. Directeur artistique de Dior Homme de 1999 à 2006, Hedi Slimane a révolutionné la mode masculine en imposant des pantalons moulants et des vestes étriquées, portés par des garçons pâles et filiformes. De même Raf Simons privilégie les silhouettes étroites, dans des vêtements comme découpés au laser.

Depuis le départ d'Hedi Slimane, Dior Homme a renoué avec une certaine aisance, avec d'amples pantalons à plis dessinés par son nouveau styliste, Kris van Assche. On revient à "des garçons plus formés", qui n'ont pas l'air d'adolescents, estime Patricia Cadiou-Diehl, de l'agence BananasMambo, l'une des principales agences de mannequins masculins de Paris. Le marché s'ouvre à "des jeunes un peu plus musclés", âgés de "18 à 25 ans et non plus de 17 à 20 ans". Pour la première fois depuis des années, elle a reçu des demandes de mannequins âgés de 25 à 30 ans, "ou qui ont l'air d'avoir plus de 25 ans".

Reste que chaque créateur a ses préférences. "Chez Dior, ils aiment les Latinos, du Brésil, d'Argentine", précise-t-elle. L'homme Louis Vuitton a "des muscles" et "bonne mine", Ungaro et Yves Saint Laurent privilégient la bonne santé et le caractère masculin tandis que chez Lanvin, les mannequins sont "très minces, très jeunes", ajoute Mme Cadiou-Diehl. Jean-Paul Gaultier, quant à lui, choisit ses mannequins avant tout pour leur personnalité, selon son entourage.
A la différence des mannequins féminins, dont l'extrême minceur suscite parfois des soupçons d'anorexie, les hommes n'ont pas de problèmes de nutrition.
Ils n'ont pas non plus de problèmes d'intendance, même si le mannequinat est sans doute le seul métier où ils gagnent nettement moins que les femmes. Leur principal souci, selon l'un des plus connus d'entre eux, le Brésilien Romulo Pires, c'est de "ne pas avoir de boutons".

Par MJK

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