Mode masculine printemps-été 2009 : une première journée très riche

Defiles | Publié le 26/06/2008 23:10:41
Plusieurs créateurs se sont interrogés sur les codes de la masculinité et ont brouillé les genres dans les collections qu'ils ont proposées jeudi, dans le cadre de la "semaine" parisienne du prêt-à-porter masculin pour le printemps-été 2009. Des têtes grises sont par ailleurs apparues chez Yohji Yamamoto, qui a fait défiler plusieurs hommes ayant manifestement dépassé la soixantaine, tandis que des cow-boys dévalaient le podium de Jean Paul Gaultier.

Chez Yves Saint Laurent, le styliste Stefano Pilati "est parti d'un questionnement sur le genre" et a conçu sa collection "sur le thème de l'androgynie", a-t-on expliqué dans son entourage. Le créateur a présenté sa collection dans sept courts films et sur des mannequins de couture installés au Musée de l'Homme. Devant les écrans mettant en scène le comédien Jack Huston, neveu d'Anjelica Huston, habillé au milieu d'hommes et de femmes plus ou moins vêtus, des cartons questionnent: "que signifie être un mâle?", "Qu'y a-t-il entre les polarités du mâle et de la femelle ? " .
Ces interrogations se traduisent par des vêtements aux coupes masculines mais souvent conçus dans des matières réputées "féminines", comme le crêpe de Chine, l'organza, la mousseline de soie. "Le vêtement est travaillé autour de l'ambiguïté du genre", explique-t-on chez Saint Laurent. Stefano Pilato s'est efforcé de "trouver de nouveaux codes de masculinité".
Ainsi, une veste blanche d'allure militaire avec son col officier et ses boutons dorés est-elle réalisée en crêpe de Chine. Ailleurs, des chemises en mousseline beige ou une veste s'ornent de broderies d'argent ou de perles.La palette des couleurs reste neutre, toute en blancs, beige, bleus, gris.

Le Japonais Tatsuko Horikawa a semble-t-il mené une réflexion similaire pour Julius, une griffe qui fait son entrée dans le calendrier avec une collection intégralement noire. Ses hommes portent des pantalons de baroudeurs à grandes poches, coupés ou retroussés au genou, des bottes style motard, des espèces de cagoules d'aviateurs sur la tête. Mais ils arborent aussi de longues tuniques à col bénitier et plus ou moins transparentes, sur jambes nues. Quand elle est portée à même la peau, leur veste dévoile une bande noire sur la poitrine, comme un soutien-gorge bandeau.

La maison de prêt-à-porter de luxe française Louis Vuitton a évoqué Charlot, ses amples pantalons et ses vestes montrant la taille, dans la collection pour homme qu'elle a présentée jeudi à Paris.
"Nous voulions une fluidité réfléchie, quelque chose de moins formel, plus fragile, sans rien abandonner du luxe", explique dans un texte remis au public le styliste Paul Helbers qui a créé la collection de Louis Vuitton sous la supervision du directeur artistique de la maison, Marc Jacobs. Les goldens boys adopteront donc un vestiaire aux petites touches chaplinesques, comme des vestes ajustées, raccourcies sur l'avant pour mettre en valeur la taille, des pantalons en popeline, baggy ou formant discrètement un O qui fait référence aux jambes arquées du célèbre personnage. Shorts, polos à col en u, T-shirts, blousons, chapeaux en coton mou tombant sur l'oeil complètent ce vestiaire qui veut revisiter la mode masculine classique.

De son côté Kilgour, institution de Savile Row, célèbre rue londonienne où se concentrent les tailleurs ultra-chics, a proposé un vestiaire d'une élégance minimaliste. Carlo Brandelli, styliste de la maison Kilgour, dépoussière l'art des tailleurs anglais, avec des vestes sans col qui s'ouvrent largement sur des superpositions. La transparence d'une veste blanche révèle sa structure, des vestes se ferment d'un unique bouton, des doublures claires paraissent faire surface pour ganser les vêtements.

Chez Jean Paul Gaultier, les hommes sont des cow-boys, en chemises à carreaux à empiècement uni sur les épaules, pantalons coupés au genou retenus par une double ceinture, chapeau vissé sur la tête, un bandana ou un collier de turquoises autour du cou. Ils machouillant un brin d'herbe comme Lucky Luke, enfilent des pulls rayés à manches courtes sur des chemises à manches longues, ou des vestes comme des vestes de costumes sur le devant mais comme un sweat-shirt à capuche dans le
dos. Les téléscopages de rayures, les mélanges de rayures et de carreaux, voire un pull multicolore ne leur font pas peur.

Le Japonais Yohji Yamamoto a créé la surprise en ouvrant son défilé avec un mannequin à barbe grise, en costume sombre à empiècements rouge et ciel. Trois autres hommes grisonnants ont participé au défilé au milieu des jeunes mannequins.
Le confort est à l'ordre du jour, d'ailleurs le mot est inscrit sur un costume couleur paille. Un journal, une bouteille émergent des poches intérieures de vestes, de grands ciseaux blancs, des mains croisées pour dessiner un papillon s'impriment sur d'autres. D'élégants chapeaux complètent ces tenues invitant à la nonchalance.

La créatrice Véronique Branquinho nous avait donné un rendez-vous dans un espace entre verdure minimaliste et le béton du garage Turenne pour une collection très urbaine pour un homme inspiré par la nature et la simplicité. De nombreux shorts composent un dressing estival plein de sobriété et d'ingénusoité. Des poches transversales, des sacs XXL accompagnent cet homme au look très moderne. Séduisant.

Par MJK
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