Prada Printemps-Été 2027 : la jupe devient manifeste à Milan

Defiles | Publié le 23/09/2026 09:36:16
Prada Printemps-Été 2027
À Milan, Prada place la jupe au centre de son défilé Printemps-Été 2027. Miuccia Prada et Raf Simons en explorent formes, matières et usages.

Pour son défilé féminin Printemps-Été 2027, présenté le 22 septembre 2026 au Deposito de la Fondazione Prada à Milan, Prada choisit de concentrer son propos sur un vêtement universel : la jupe. Miuccia Prada et Raf Simons en multiplient les interprétations, entre matières industrielles, cristaux, plissés et jeux de construction, démontrant qu’une contrainte volontaire peut devenir un formidable moteur créatif.

À Milan, Prada transforme la jupe en laboratoire de création

Il fallait une certaine assurance pour construire une collection presque entière autour d’un vêtement aussi familier que la jupe. C’est pourtant précisément dans cette apparente banalité que Miuccia Prada et Raf Simons trouvent le terrain de leur collection Prada femme Printemps-Été 2027, dévoilée le 22 septembre à Milan, au Deposito de la Fondazione Prada. La démarche s’inscrit parfaitement dans cette manière très particulière qu’a développée la maison italienne de questionner les archétypes du vestiaire plutôt que de simplement les embellir. Ici, la jupe n’est pas envisagée comme une tendance ou comme le retour annoncé d’une silhouette. Elle devient un objet d’étude, presque un système à partir duquel toutes les variations sont possibles. Prada la définit comme une silhouette graphique, linéaire et moderniste, qui fournit à la collection son unique paramètre fixe. Autrement dit, la règle est volontairement stricte pour mieux provoquer l’invention. Le principe rappelle combien Miuccia Prada et Raf Simons privilégient depuis le début de leur collaboration une mode construite sur les idées, les confrontations et les glissements de sens plutôt que sur une succession d’effets spectaculaires. Le duo travaille ensemble à la direction créative de Prada depuis 2020, avec des responsabilités égales, une organisation qui constituait alors une proposition assez singulière dans une industrie historiquement attachée à la figure du directeur artistique unique.

La jupe devient ainsi un vocabulaire dont Prada examine méthodiquement les possibilités. La fonction n’est jamais dissimulée, elle participe au contraire pleinement de l’esthétique. Du Velcro aux couleurs contrastées sert de support à des broderies de cristaux. Des boutons-pression métalliques volontairement agrandis deviennent des bijoux. La crinoline, habituellement cachée à l’intérieur du vêtement pour en construire le volume, quitte les coulisses de la silhouette pour devenir couche décorative, voire carapace protectrice. Ce déplacement constant entre ce qui devrait être fonctionnel et ce qui est supposé être précieux constitue l’un des fils rouges les plus intéressants de la collection. Chez Prada, l’objet luxueux n’est donc pas nécessairement celui qui dissimule sa fabrication. Il peut au contraire exposer ses mécanismes, ses attaches et ses composants techniques. Cette approche prend un relief particulier dans le contexte actuel du luxe, où les maisons cherchent autant à défendre leur identité créative qu’à produire des objets immédiatement reconnaissables. Prada choisit ici la voie de l’expérimentation et fait de la construction même du vêtement son principal signe distinctif.

Les matières prolongent cette logique de transformation. Des fabrications issues d’un vocabulaire industriel, notamment le ciré mat et le Re-Nylon, sont déplacées vers le plissé, tandis que le coton est travaillé afin d’évoquer le cuir ou le daim. Certaines jupes bijoux reproduisent l’apparence d’une dentelle guipure en cristal, alors que des imprimés floraux volontairement modestes apparaissent sur du coton et des matières synthétiques. Une jupe plissée dépasse même le corps, une partie de sa matière étant tenue à la main et transformant le vêtement en geste. C’est probablement dans ces contradictions que l’on reconnaît le mieux Prada : précieux et industriel, conventionnel et étrange, sage et perturbant, familier et presque abstrait. Cette culture de la collision appartient depuis longtemps à la maison milanaise, dont l’histoire commence en 1913 avec l’ouverture de la première boutique dans la Galleria Vittorio Emanuele II. À la fin des années 1970, la rencontre entre la créativité de Miuccia Prada et l’approche entrepreneuriale de Patrizio Bertelli pose les bases du développement international de la marque. Puis viennent notamment le prêt-à-porter masculin, Miu Miu et la Fondazione Prada, créée en 1993, autant d’étapes qui ont progressivement fait de Prada un projet culturel dépassant les seules frontières du vêtement.

Prada Printemps-Été 2027  Prada Printemps-Été 2027
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Miuccia Prada et Raf Simons poursuivent leur réflexion sur le vêtement contemporain

Cette saison Printemps-Été 2027 permet surtout de mesurer la maturité du dialogue installé entre Miuccia Prada et Raf Simons. Leur première collection commune, celle du Printemps-Été 2021, avait inauguré une direction créative fondée sur l’échange et la confrontation de deux sensibilités fortes. Six ans plus tard, il serait devenu artificiel de chercher systématiquement ce qui appartient à l’un ou à l’autre. Le langage Prada contemporain se construit précisément dans cet espace commun, avec une prédilection pour les vêtements archétypaux soumis à une succession d’opérations intellectuelles et matérielles. La jupe de 2027 en constitue une démonstration particulièrement lisible : sa forme peut être abstraite, fragmentée ou transformée par ce qui l’accompagne. Un pull, une chemise ou un bra top suffisent à modifier la perception de l’ensemble et à donner au même objet une signification différente. Il ne s’agit donc pas seulement de proposer de nouvelles jupes, mais de s’interroger sur notre manière de regarder un vêtement que nous pensions connaître.

Prada Printemps-Été 2027  Prada Printemps-Été 2027

Le choix du Deposito de la Fondazione Prada renforce cette dimension expérimentale. Dans cet environnement milanais associé depuis des années au dialogue entre art contemporain, architecture, cinéma et pensée, le défilé prend naturellement la forme d’une recherche visuelle. Ce rapport à la culture n’est pas périphérique dans l’histoire de Prada : la maison a depuis longtemps développé des passerelles entre mode, photographie, architecture, cinéma et art, considérant son territoire créatif comme plus vaste que celui d’une entreprise produisant simplement des vêtements et des accessoires. La liste des invités du défilé Printemps-Été 2027 illustrait d’ailleurs cette porosité entre disciplines et générations. Autour de la mode se retrouvaient notamment Alexa Chung, Emilia Clarke, Maya Hawke, Hunter Schafer, Sadie Sink, Uma Thurman, Naomi Watts, Michelle Williams, Gabrielle Union et Camila Mendes, mais aussi les cinéastes Luca Guadagnino, Barry Jenkins, Nicolas Winding Refn, Thomas Vinterberg et Lulu Wang. Les artistes Jeff Koons, Cao Fei, Andreas Gursky, Thomas Demand, Carsten Höller, Theaster Gates et Francesco Vezzoli renforçaient encore cette dimension culturelle, tandis que la présence de figures asiatiques comme Jaehyun, Sana, Yang Mi, Win Metawin ou CHISA de XG témoignait de la dimension désormais pleinement internationale de l’écosystème Prada.

Cette diversité n’est d’ailleurs pas sans rappeler la manière dont Prada construit depuis plusieurs saisons ses campagnes et ses projets autour de personnalités venues du cinéma, de la musique et de l’art contemporain. Hunter Schafer et John Glacier figuraient ainsi déjà dans la campagne Printemps-Été 2026, pensée autour du travail de l’artiste américaine Anne Collier et du photographe Oliver Hadlee Pearch. Plus largement, cette capacité à connecter produit, image et culture contribue à la singularité de Prada dans l’industrie du luxe. La maison ne cherche pas seulement à imposer une silhouette mais à fabriquer un cadre intellectuel dans lequel le vêtement peut être regardé différemment.

Avec cette collection Printemps-Été 2027, Miuccia Prada et Raf Simons ne proclament donc pas le grand retour de la jupe. Ils font quelque chose de plus subtil : ils rappellent qu’un vêtement extrêmement connu peut encore constituer un territoire d’innovation. Une attache en Velcro, un morceau de crinoline déplacé, un plissé développé hors du corps ou un coton qui imite le daim deviennent autant d’outils pour perturber les catégories habituelles du luxe. Cette démarche dit aussi beaucoup de la place occupée aujourd’hui par Prada : celle d’une maison centenaire qui continue de considérer la mode comme un champ d’expérimentation plutôt que comme la répétition méthodique de ses propres codes. Dans une Fashion Week de Milan où chaque maison cherche à capter immédiatement l’attention, Prada répond par une idée d’une simplicité presque radicale : choisir une seule forme, en accepter les limites, puis démontrer tout ce qu’il reste encore à inventer à l’intérieur.

Par la rédaction
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