Qasti Bistrot, le Liban généreux d'Alan Geaam à Paris
LieuxTendance | Publié le 07/09/2026 17:33:52
Nous avons testé Qasti Bistrot à Paris, la table libanaise d'Alan Geaam. Accueil chaleureux, mezzés généreux et cuisine authentique au rendez-vous. Avec Qasti Bistrot, le chef étoilé Alan Geaam revient à la cuisine libanaise de son enfance dans un registre plus spontané et convivial. Nous avons testé son adresse de la rue Saint-Martin à Paris : une table chaleureuse où l'accueil, la générosité des assiettes et la sincérité des saveurs donnent immédiatement envie de partager.
Qasti Bistrot, la cuisine libanaise d'Alan Geaam sans détour
Il y a des restaurants que l'on découvre par leur carte et d'autres dont on se souvient d'abord pour la sensation qu'ils procurent. Qasti appartient plutôt à la seconde catégorie. Installé au 205 rue Saint-Martin, dans ce quartier du Haut-Marais devenu au fil des années l'un des territoires gastronomiques les plus vivants de Paris, le bistrot imaginé par Alan Geaam ne cherche pas à impressionner par les codes de la haute gastronomie. Ici, le chef étoilé change volontairement de registre pour revenir à quelque chose de plus instinctif : les plats de son enfance, la générosité d'une table libanaise et, surtout, cette idée essentielle du partage. Une philosophie que nous avons pu éprouver lors de notre passage chez Qasti. Dès l'accueil, chaleureux et attentionné sans être guindé, le ton est donné. Puis arrivent des assiettes généreuses, faites pour circuler autour de la table, avec des saveurs franches et immédiatement identifiables. Notre impression est celle d'une cuisine authentique qui ne cherche ni à intellectualiser le répertoire libanais ni à le transformer artificiellement pour correspondre aux tendances parisiennes. C'est probablement là que Qasti se montre le plus convaincant.
Le nom lui-même résume cette intention. Qasti signifie « mon histoire » en libanais et replace immédiatement le restaurant dans le parcours personnel d'Alan Geaam. Le chef décrit ce lieu comme un véritable retour à ses racines : « C'est un vrai retour aux sources pour moi, et je suis fier de pouvoir faire découvrir à tous la cuisine qui a bercé mon enfance. Une cuisine originelle, bercée d'influences personnelles, servie avec tous les codes d'un bistrot français. Un rêve pour moi ! » Cette dimension autobiographique prend tout son sens lorsqu'on connaît son itinéraire. Né au Liberia et élevé au Liban, Alan Geaam arrive à Paris en 1999, à 24 ans, après avoir connu la guerre. Avec 200 francs en poche et sans endroit où dormir, il passe plusieurs nuits sur le Champ-de-Mars avant de travailler dans le bâtiment, puis comme plongeur chez un traiteur libanais. Un concours de circonstances lui permet de remplacer un chef blessé avant un service. Autodidacte, il apprend ensuite la cuisine dans les livres tout en apprenant le français. En 2007, il devient propriétaire de l'Auberge Nicolas Flamel, avant d'ouvrir différentes adresses puis, en 2017, son Restaurant Alan Geaam rue Lauriston. L'établissement obtient une étoile Michelin quelques mois après son ouverture.
Qasti, ouvert en 2020, marque donc un tournant dans cette trajectoire. Après avoir travaillé à faire dialoguer la gastronomie française et les saveurs du Levant dans son restaurant étoilé, Alan Geaam choisit cette fois de regarder plus directement vers le Liban. Non pas le Liban fantasmé d'une cuisine méditerranéenne vaguement exotique, mais celui du mezzé, du zaatar, du sumac, de la mélasse de grenade, du labneh et des préparations destinées à être posées au centre de la table. Cette volonté se retrouve aujourd'hui très clairement dans la carte. Houmous, baba ganoush, labneh, taboulé, fattouche et feuilles de vigne composent le versant froid, tandis que batata harra, falafels, sambousseks, chou-fleur frit au tarator, makanek à la mélasse de grenade ou rouleaux au soujouk explorent un registre plus gourmand. La carte actuelle fait également apparaître un houmous bel lahme à l'agneau et au bœuf, des kebbeh, des chicken wings accompagnées de batata harra ou encore des chipirons frits. Cette abondance n'est pas accessoire : elle participe directement à l'expérience Qasti. Les assiettes arrivent pour être goûtées ensemble et la table se construit progressivement, toutefois vous pouvez aussi opter pour le traditionnel découpage français entrée-plat-dessert.
C'est aussi ce qui nous a séduits lors de notre visite. Les portions sont généreuses sans que cette générosité ne devienne un argument spectaculaire, et les saveurs restent lisibles. On retrouve cette acidité, ces épices, ces herbes fraîches et ces textures qui donnent à la cuisine levantine sa personnalité, mais aussi un véritable sens du réconfort. Qasti réussit surtout à conserver une dimension familiale dans un environnement de bistrot parisien contemporain. C'est le jeune fils du chef qui nous a servi renforçant un peu plus cet esprit famille. Souvent l'authenticité est un terme galvaudé dans la restauration, particulièrement lorsqu'il s'agit de cuisines venues d'ailleurs. Elle prend ici un sens plus concret : celui d'une cuisine que le chef revendique comme appartenant à sa propre histoire et qu'il choisit de transmettre plutôt que de simplement revisiter.
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Cette approche raconte également quelque chose de l'évolution de la restauration haut de gamme. Depuis plusieurs années, les frontières entre gastronomie, bistronomie et street food deviennent plus poreuses. Les chefs étoilés ne construisent plus nécessairement leur identité autour d'une seule grande table. Ils développent différents formats permettant d'explorer une cuisine plus immédiate, souvent plus accessible, sans abandonner leur exigence technique. Alan Geaam en offre une illustration particulièrement intéressante puisque son univers s'étend désormais du restaurant gastronomique aux comptoirs populaires. Une évolution que l'on retrouve chez d'autres chefs de sa génération, à l'image de Mallory Gabsi avec son concept 140°, dont nous évoquions récemment l'arrivée du fritkot belge à Paris.
Chez Alan Geaam, cette diversification possède néanmoins une cohérence particulière puisqu'elle permet d'explorer plusieurs facettes d'une même culture. Qasti est devenu le point de départ d'une petite galaxie. Qasti Green, rue des Jeûneurs, transpose ainsi ce patrimoine dans une proposition entièrement végétarienne, particulièrement pertinente lorsqu'on sait combien légumes, légumineuses et céréales occupent déjà une place centrale dans la cuisine libanaise. Qasti Shawarma & Grill se tourne vers la street food et les souvenirs du souk de Tripoli. Faurn, dont le nom signifie « four » en libanais, explore le manakish et les pains garnis, tandis que Qasti Pâtisserie se consacre aux douceurs traditionnelles, du kneffeh aux baklavas en passant par les maamouls et les desserts à l'achta et à la fleur d'oranger. Une façon de raconter le Liban non pas à travers une adresse encyclopédique, mais par une série de lieux spécialisés correspondant chacun à un moment de consommation.
Qasti reste néanmoins probablement l'adresse la plus immédiatement lisible de cet ensemble parce qu'elle conserve l'esprit de la table familiale. La formule fonctionne d'autant mieux que le restaurant ne cherche pas à reproduire les codes de la table étoilée d'Alan Geaam à quelques kilomètres de là. Le savoir-faire gastronomique est présent en arrière-plan, dans les cuissons, les assaisonnements et l'équilibre des préparations, mais il n'envahit jamais l'expérience. La cuisine demeure accessible, spontanée et généreuse. Cette retenue est précisément ce qui permet au bistrot de trouver sa personnalité dans un Paris où les cuisines du Moyen-Orient connaissent depuis plusieurs années une visibilité grandissante.
Notre expérience chez Qasti confirme surtout que l'adresse fonctionne autant par ce qui arrive dans l'assiette que par la manière dont on y est reçu. Un accueil sincèrement chaleureux, des plats généreux, une cuisine lisible et des recettes qui assument pleinement leurs racines : l'équation paraît simple, mais elle est loin d'être évidente à réussir. Derrière la personnalité médiatique et le parcours remarquable du chef étoilé, Qasti permet finalement de comprendre Alan Geaam autrement. Ici, pas besoin de démonstration gastronomique pour raconter son histoire. Quelques mezzés disposés au milieu de la table, du pain, des épices et l'envie de goûter dans l'assiette de son voisin suffisent. Et c'est peut-être la manière la plus juste de comprendre ce que signifie réellement Qasti : « mon histoire ».

Infos pratiques :
Qasti Bistrot, 205 rue Saint-Martin, 75003 Paris.
Déjeuner de 12h à 14h30, dîner de 19h à 22h30 du lundi au samedi, brunch le dimanche.
Menu déjeuner à 23 euros pour entrée-plat ou plat-dessert et 30 euros pour entrée-plat-dessert.
Menu Qasti à 40 euros, avec trois mezzés et un dessert ou un mezzé, un plat et un dessert.
Menu Dégustation à la libanaise à 47 euros comprenant trois mezzés, un plat et un dessert.
Brunch libanais le dimanche à 39 euros avec buffet de mezzés, pâtisseries et desserts libanais.
Tarifs et horaires constatés en septembre 2026 et susceptibles d'évoluer.
Par la rédaction
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