Une rétrospective exceptionnelle : Gerhard Richter à la Fondation Louis Vuitton

Culture | Publié le 21/10/2025 16:46:55
Pas moins de 271 œuvres de l’artiste allemand Gerhard Richter sont présentées à la Fondation Louis Vuitton jusqu’au 2 mars 2026 pour la plus grande rétrospective jamais organisée dans le monde à cette figure majeure de l’art contemporain.

La Fondation Louis Vuitton continue sa volonté de présenter des expositions monographiques consacrées aux grands noms de l’art des XX et XXIe siècle. Après Jean-Michel Basquiat, Joan Mitchell, Mark Rothko et dernièrement David Hockney, elle s’attelle à l’Allemand Gerhard Richter, aujourd’hui considéré comme l’un des artistes les plus importants de sa génération et jouissant d’une reconnaissance internationale.

8 galeries couvrant l'oeuvre de l'artiste de 1962 à 2024

La présentation chronologique au fil de huit galeries, reprenant le travail de l’artiste depuis 1962 jusqu’à 2024, alterne entre peintures à l'huile, sculptures en verre et en acier, aquarelles et photographies retravaillées, dessins au crayon et à l'encre puisqu’en 2017, Richter a décidé d’arrêter de peindre, tout en continuant à dessiner.
Les deux commissaires de l’exposition, le Britannique Sir Nicholas Serota, à la tête de la Tate de Londres de 1988 à 2017, et le Suisse Dieter Schwarz, qui fut son homologue au Musée des beaux-arts de Winterthur, ont choisi de couvrir pour chaque section de l’exposition une décennie de travail afin de mettre en évidence l’évolution de la vision artistique singulière entre ruptures et continuités, des premières peintures d’après photographies aux dernières abstractions. Les deux commissaires ont obtenu des prêts exceptionnels venus de musées de toute l’Europe, des Etats-Unis, mais aussi d’Asie et de nombreuses collections privées. Ils sont allés à la rencontre de chaque prêteur afin de les convaincre de participer à cette rétrospective d’une ampleur encore jamais inégalée. Aujourd’hui, l’homme âgé de 93 ans compte parmi les artistes contemporains les plus cotés et les plus reconnus de nos jours, il affiche notamment plusieurs prix à son palmarès, dont en 1997 un Lion d’or lors de la Biennale de Venise. Ainsi, les peintures de sa série Abstraktes Bild ont été acquises pour des millions de dollars lors de ventes aux enchères.
Photo en haut : Gerhard Richter, Venedig (Treppe) [Venise (escalier)], 1985 (CR 586-3) / Gerhard Richter, Venedig (Treppe) [Venise (escalier)], 1985 (CR 586-3) / Huile sur toile, 51,4 x 71,8 cm / The Art Institute of Chicago. Gift of Edlis Neeson Collection © Gerhard Richter 2025 (18102025)
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Un parcours artistique et humain marqué par l’histoire et l’émotion

Il est aussi le reflet de ces Allemands au parcours compliqué. Né à Dresde en 1932, il s’enfuit en février 1961 à Berlin-Ouest et s’installe à Düsseldorf avec sa première femme Marianne (Ema) Eufinger qu’il rencontre à l’Académie des Beaux-Arts de Dresde. (Voir le tableau de 1966 Ema. Nu sur un escalier dans la Galerie 1, c’est son plus grand tableau photographique avant qu’il passe à l’art abstrait et un hommage au tableau de Marcel Duchamp Nu descendant un escalier.) Puis ils s’établissent à Cologne, où il vit et travaille encore aujourd’hui. Une vie qu’il transpose parfois dans son travail sans chercher à occulter les visions d’horreur de la guerre mais aussi des moments plus intimes ou d’abstraction pure.
Pourtant, au fil des salles, certaines de ses œuvres monumentales comme celles abstraites vous happent par la charge émotionnelle qu’elles dégagent. On est saisi par la force des couleurs, des traits de pinceaux qui touchent l’âme même du spectateur… si celui-ci est dans le bon état réceptif.
Politique aussi se veut le travail de Richter comme dans cette série de peintures abstraites qu’il a baptisée Birkenau de 2014. Pour réaliser ces quatre peintures à l’huile, Gerhard Richter s’est appuyé sur quatre photos prises à l’intérieur du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau par des résistants polonais au péril de leur vie. La pellicule, cachée dans un tube de dentifrice, a pu être extraite du camp. Les sept images montrant une file de femmes nues devant une chambre à gaz et des Sonderkommandos incinérant les cadavres en plein air ont pu être développées. Ce fut l’un des premiers témoignages des crimes inhumains de Birkenau. Sans les références qui se cachent derrière ce travail, on ne comprend pas la portée des tableaux. Il a mis un an pour parachever cette série après avoir découvert les reproductions de ses photos en 2008. Il montre son hésitation entre restituer sur toile ces images traumatisantes et limiter leur caractère spectaculaire. Un travail de mémoire qui ne peut laisser indifférent le spectateur.
Si Richter est notamment célèbre pour ses photos-peintures, des toiles réalisées d’après des photographies, il revendique une totale liberté et son travail le prouve, passant du figuratif à l’abstraction. Une de ses citations est souvent reprise qui explique sa propre vision : « Je n’obéis à aucune intention, à aucun système, à aucune tendance ; je n’ai ni programme, ni style, ni prétention. J’aime l’incertitude, l’infini et l’insécurité permanente. »

Infos pratiques :
Exposition du 17.10.2025 au 02.03.2026
Adresse : 8, avenue du Mahatma Gandhi, Bois de Boulogne, 75116 Paris
Les tarifs :
Tarif plein : 16 euros - Tarifs réduits : 10 et 5 euros - Tarif famille : 32 euros (2 adultes + 1 à 4 enfants de moins de 18 ans) - Gratuité pour les personnes en situation - de handicap et 1 accompagnateur
Information visiteurs : + 33 (0)1 40 69 96 00
Réservations : www.fondationlouisvuitton.fr

 

Par la rédaction
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