WE ARE [still] HERE : le street art investit à nouveau le Petit Palais

Culture | Publié le 19/06/2026 16:48:19
Le Petit Palais accueille WE ARE [still] HERE, une grande exposition gratuite réunissant 75 artistes majeurs du street art international.

Après le succès retentissant de WE ARE HERE en 2024, le Petit Palais renouvelle l’expérience avec WE ARE [still] HERE. Cette nouvelle exposition gratuite réunit 75 artistes français et internationaux autour de plus de 200 œuvres, confirmant la place de Paris comme l’une des capitales mondiales de l’art urbain.

WE ARE [still] HERE, quand le street art entre dans l’histoire du musée

Longtemps considéré comme une pratique marginale, l’art urbain poursuit son entrée dans les institutions culturelles les plus prestigieuses. Avec WE ARE [still] HERE, présentée du 20 juin au 20 septembre 2026 au Petit Palais, Paris confirme une évolution profonde du regard porté sur ce mouvement artistique né dans l’espace public. Deux ans après WE ARE HERE, première exposition consacrée au street art dans l’institution parisienne qui avait attiré plus de 600 000 visiteurs, ce second rendez-vous poursuit un dialogue particulièrement fécond entre patrimoine, création contemporaine et accessibilité culturelle. Sous l’impulsion de Mehdi Ben Cheikh, commissaire invité et figure incontournable de la scène urbaine française, l’exposition réunit 75 artistes venus de différents horizons autour de plus de 200 œuvres. Le choix du Petit Palais n’est pas anodin. Inauguré pour l’Exposition universelle de 1900, ce monument emblématique de l’architecture parisienne a toujours entretenu une relation particulière avec la modernité artistique. En accueillant aujourd’hui des créateurs issus du graffiti, du muralisme ou encore de l’art urbain contemporain, le musée prolonge une tradition qui consiste à accompagner les avant-gardes de leur époque.

Le parcours débute au cœur même des collections permanentes où plusieurs œuvres inédites viennent dialoguer avec les chefs-d’œuvre historiques conservés par l’institution. Les interventions de D*Face, Invader, eL Seed, Hopare, Mark Jenkins, Conor Harrington ou encore EvazéSir, qui sont nos coips de coeur, créent des correspondances inattendues entre les siècles. Loin d’être un simple accrochage de street art dans un musée classique, l’exposition interroge les liens qui unissent les artistes contemporains à l’histoire de l’art. Les salles du Petit Palais deviennent ainsi un terrain d’expérimentation où les codes du portrait, de la sculpture monumentale ou de la peinture d’histoire sont réinterprétés à travers le regard d’une génération d’artistes profondément ancrés dans les réalités du XXIe siècle. La dernière salle regroupe un grand nombre d'œuvres donnant une impression de foisonnement d'artistes et de créations dans des styles très variés. Chaque visiteur y trouvera un tableau à imaginer chez lui.

Liste des  43 artistes français, parmi lesquels Invader, Seth, eL Seed, EvazéSir, Hopare, Miss Van, L’Atlas, Shaka, Bom.K, Fafi, Jace, Vinie, Seize, Sun7, Nasty, Lek & Sowat, Le CyKlop, Romain Froquet, Kan, Jana & JS, Fenx, FKDL et Mosko. À leurs côtés sont réunies plusieurs figures majeures de la scène internationale, dont Shepard Fairey, Swoon, Vhils, El Mac, D*Face, Conor Harrington, Faile, Inti, Add Fuel, Tristan Eaton, Hera, ROA et Hush
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Quand les artistes urbains réinventent les codes de l’histoire de l’art

Conor Harrington
Parmi les œuvres les plus marquantes du parcours, plusieurs installations démontrent avec éclat la maturité artistique atteinte par la scène urbaine internationale. L’artiste irlandais Conor Harrington signe sans doute l’une des propositions les plus fascinantes avec Shooting from the Lip (2026). Présentée dans une salle aux murs rouge profond, cette toile monumentale met en scène un personnage aristocratique évoluant dans un décor inspiré du XVIIIe siècle. Pourtant, au centre de la composition, un téléviseur diffuse une scène emblématique du film La Haine de Mathieu Kassovitz. Cette confrontation entre l’esthétique raffinée de la peinture européenne classique et la réalité sociale contemporaine constitue la signature de Harrington. Depuis plusieurs années, l’artiste s’est imposé comme l’un des peintres les plus importants de sa génération grâce à son travail sur les notions de pouvoir, de mémoire collective et d’identité européenne. Dans le contexte du Petit Palais, son œuvre questionne avec intelligence les récits construits par les institutions culturelles et la manière dont chaque époque choisit ses héros et ses représentations.

D*Face
Autre temps fort à l'entrée du parcours, la spectaculaire sculpture Memento Viveri de D*Face attire immédiatement le regard. Réalisée dans un précieux marbre Calacatta Borghini extrait des carrières de Carrare, l’œuvre prend la forme d’un crâne monumental doté d’ailes déployées. Figure majeure du street art britannique depuis les années 1990, D*Face revisite ici la tradition des vanités qui traverse l’histoire de l’art occidental depuis la Renaissance. Mais là où ces œuvres rappelaient traditionnellement l’inéluctabilité de la mort, l’artiste choisit de célébrer la vie. Les ailes deviennent symbole de liberté, d’aspiration et de dépassement de soi, tandis qu’une dent dorée évoque avec ironie les excès de la société de consommation contemporaine. Installée dans une salle baignée de lumière naturelle et entourée de sculptures académiques, l’œuvre produit un dialogue particulièrement saisissant entre tradition et culture populaire. Cette rencontre illustre parfaitement l’ambition de l’exposition : montrer que les artistes urbains ne se contentent plus d’investir l’espace public mais s’inscrivent pleinement dans une histoire de l’art dont ils réinterprètent les grands thèmes.
 
IntiL’une des œuvres les plus impressionnantes de l’exposition est également celle de l’artiste chilien Inti, figure incontournable du muralisme contemporain latino-américain. Présentée dans un imposant cadre évoquant les retables religieux et les grands décors sacrés de la peinture classique, la composition représente un personnage central drapé dans un manteau pourpre, auréolé d’une couronne florale lumineuse et entouré d’une multitude de crânes ainsi que de figures angéliques. Fidèle à son univers, Inti convoque ici les traditions religieuses populaires d’Amérique latine, les références catholiques héritées de la colonisation et les symboles liés à la mort, à la mémoire et à la renaissance. Son œuvre dialogue naturellement avec les collections historiques du Petit Palais tant sa construction rappelle les grandes peintures de dévotion qui jalonnent l’histoire de l’art européen. Pourtant, derrière cette apparente filiation classique, l’artiste développe un regard profondément contemporain sur les questions d’identité culturelle, de transmission et de spiritualité. Cette capacité à faire cohabiter les codes du street art avec ceux de la peinture religieuse confère à l’œuvre une puissance visuelle remarquable qui en fait l’un des sommets du parcours.
 
Mark JenkinsLa présence de Mark Jenkins apporte quant à elle une dimension presque cinématographique à l’exposition. Son œuvre Seated Mole représente un personnage assis, le visage entièrement recouvert par la capuche de son sweat-shirt. Placée au milieu des collections du musée, cette silhouette grandeur nature trouble immédiatement le visiteur. Est-ce une sculpture ? Une personne réelle ? Depuis plus de vingt ans, l’artiste américain développe ce type d’interventions hyperréalistes qui perturbent notre perception de l’espace public. Son travail interroge l’anonymat, l’exclusion et les fragilités psychologiques qui traversent les sociétés contemporaines. Face aux grandes compositions historiques du Petit Palais, cette présence silencieuse et recroquevillée prend une dimension particulièrement émouvante. Elle introduit une forme d’humanité vulnérable qui contraste avec la grandeur héroïque des œuvres académiques environnantes.
 
EvazéSirPlus introspective encore, l’œuvre Refuge d’EvazéSir constitue l’une des belles découvertes de cette édition. Réalisée à partir d’un assemblage de bois recyclés et de matériaux récupérés, elle représente une jeune femme dont le regard détourné semble inviter à une forme de contemplation silencieuse. La délicatesse du dessin contraste avec la rugosité des matériaux utilisés. Chaque fragment semble raconter une histoire différente, créant un portrait à la fois fragile et puissant. L’artiste français construit ici une réflexion sensible sur l’intimité, la vulnérabilité et le besoin de protection dans un monde saturé d’images et de sollicitations. En utilisant des matériaux issus du recyclage, il inscrit également son travail dans une réflexion contemporaine sur la transformation des objets et la mémoire des matières. Face à l’ampleur spectaculaire de certaines œuvres monumentales, Refuge impose une présence discrète mais profondément touchante, invitant le visiteur à ralentir son regard.
 
À travers cette diversité d'approches, WE ARE [still] HERE démontre surtout combien l'art urbain a dépassé les frontières qui lui étaient autrefois assignées. Les artistes réunis au Petit Palais ne cherchent plus seulement à investir les murs des villes ; ils dialoguent désormais avec plusieurs siècles d'histoire de l'art, s'approprient les codes de la peinture religieuse, du portrait, de la sculpture monumentale ou de la peinture d'histoire pour les réinterpréter à l'aune des préoccupations contemporaines. En accueillant cette seconde édition, le Petit Palais ne se contente pas d'ouvrir ses portes à une discipline longtemps marginalisée : il reconnaît pleinement sa place dans le récit artistique de notre époque. Entre patrimoine et création vivante, mémoire collective et regards sur le monde actuel, l'exposition offre ainsi bien davantage qu'un panorama du street art contemporain. Elle révèle un mouvement arrivé à maturité, capable de s'inscrire dans la continuité de l'histoire tout en conservant sa liberté de ton, son ouverture au plus grand nombre et sa capacité à interroger notre société. Dans un été parisien particulièrement riche en propositions culturelles, WE ARE [still] HERE s'impose comme l'un des rendez-vous artistiques majeurs de la saison.

Infos pratiques :
Exposition : WE ARE [still] HERE - Lieu : Petit Palais, Paris
Dates : du 20 juin au 20 septembre 2026
Commissariat : Mehdi Ben Cheikh
Tarif : entrée libre et gratuite
Plus de 200 œuvres et 75 artistes internationaux
Informations : petitpalais.paris.fr

Par la rédaction
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