William Klein : derniers jours pour voir la rétrospective à la MEP
Culture | Publié le 21/08/2026 13:48:18
Derniers jours à Paris pour découvrir « William Klein : Films, Etc. », la rétrospective de la MEP consacrée au cinéma radical de l’artiste. À l’occasion du centenaire de la naissance de William Klein, la Maison Européenne de la Photographie consacre au photographe et cinéaste une rétrospective qui replace le cinéma au cœur de son œuvre. Films cultes, réalisations rares, archives, photographies et créations graphiques composent ce portrait d’un artiste indiscipliné, à découvrir à Paris jusqu’au 13 septembre 2026.
Photo en haut : William Klein - Club Allegro Fortissimo, hammam, rue d’Odessa, Paris, 1990 (peint en 1997) © William Klein Estate
William Klein, bien au-delà du photographe
Il reste encore quelques semaines pour découvrir à Paris l’une des propositions culturelles les plus stimulantes de l’été. Avec « William Klein : Films, Etc. », présentée jusqu’au 13 septembre 2026, la MEP, Maison Européenne de la Photographie célèbre le centenaire de William Klein en déplaçant volontairement le regard. Car si le nom de l’artiste demeure indissociable de ses images de rue, de ses visions électriques de New York et de Paris ou de son travail pour la mode, son parcours ne saurait se réduire à la photographie. Peintre, graphiste, auteur de livres et cinéaste, William Klein a constamment refusé la spécialisation, circulant d'un médium à l'autre avec une liberté devenue l'une des signatures de son œuvre. Réalisée en partenariat avec le Studio William Klein et placée sous le commissariat d’Emmanuel Bacquet, cette rétrospective cinématographique rappelle justement combien le cinéma fut essentiel à son vocabulaire artistique. Elle prend une résonance particulière à la MEP, institution qui entretient depuis longtemps une relation privilégiée avec l'artiste et son studio. Depuis son ouverture en 1996, la Maison lui a consacré plusieurs expositions majeures et conserve aujourd’hui plus de 300 de ses œuvres, parmi lesquelles photographies, films et livres. Ce fonds important donne à l’hommage actuel une dimension presque familiale : il ne s’agit pas simplement de redécouvrir un grand nom du XXe siècle, mais de suivre les différentes ramifications d’une œuvre que la MEP accompagne depuis trois décennies.
Cette relation avec William Klein rejoint d’ailleurs l’identité même de la Maison Européenne de la Photographie. Installée au 5/7 rue de Fourcy, dans le Marais, la MEP s’est imposée depuis son ouverture comme l’un des lieux parisiens majeurs consacrés à l’image photographique, mais aussi à ses extensions contemporaines. Avec Klein, cette porosité entre les disciplines trouve une incarnation particulièrement pertinente. Né à New York en 1926 et disparu en 2022, l’artiste a construit une œuvre réfractaire aux frontières établies, capable de passer de la photographie de rue à la mode, de l’abstraction au documentaire politique, du livre au cinéma expérimental. L’accrochage présenté en parallèle des projections souligne cette circulation permanente. La sélection conservée dans les collections de la MEP permet notamment de retrouver des œuvres emblématiques telles que Four Heads, Thanksgiving day, New York de 1955, Dorothy & Cellist, Vogue Paris de 1963 ou les Filmstrips from “Broadway by Light” #4 de 1958. Une autre pièce, Club Allegro Fortissimo, hammam, rue d’Odessa, Paris, photographiée en 1990 puis peinte en 1997, résume à elle seule cette volonté de malmener les catégories : le tirage gélatino-argentique devient surface picturale, support d’une intervention qui prolonge l’image plutôt qu’elle ne la sanctuarise. Les visuels réunis autour de l’exposition, notamment en page 3 de la présentation de la MEP, montrent ainsi combien photographie, pellicule, affiches et peinture appartiennent chez Klein à un même territoire créatif.
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C’est toutefois devant l’écran que « Films, Etc. » prend toute son ampleur. Du mercredi au samedi en fin de journée, l’auditorium de la MEP accueille un programme qui traverse plusieurs décennies de cinéma et permet de mesurer l'incroyable diversité des préoccupations de William Klein. On y croise Broadway by Light dès 1958, Le business et la mode en 1962, William Klein aux grands magasins en 1964, Qui êtes-vous Polly Maggoo ? en 1966, Mister Freedom en 1969, Muhammad Ali the Greatest en 1974, Le Couple Témoin en 1976, Grands soirs et petits matins en 1978 ou encore In & Out of Fashion en 1993. À ces œuvres désormais identifiées comme des jalons importants de son parcours s’ajoutent des films plus rares, voire inédits, à l’image de L’anniversaire de Charlotte ou The Little Richard Story, ainsi que de nombreuses archives. La programmation embrasse ainsi aussi bien la mode et la société de consommation que les luttes politiques, le sport, la musique et les bouleversements sociaux. Elle rappelle surtout que Klein ne changeait pas fondamentalement de regard lorsqu’il abandonnait son appareil photographique pour une caméra : même proximité physique avec son sujet, même goût du mouvement, même fascination pour la foule et même refus d'une image trop sage.
Le cinéma de William Klein apparaît également comme un formidable observatoire des tensions politiques et culturelles de son époque. Cassius Clay champion du monde, réalisé en 1964, puis Muhammad Ali the Greatest dix ans plus tard, accompagnent une figure qui dépasse largement le cadre du sport. Le schisme noir : Malcolm X en 1965, Eldridge Cleaver, Black Panther en 1970 ou encore Le Festival panafricain d’Alger en 1969 témoignent d’une attention constante aux mouvements d’émancipation, aux rapports de pouvoir et aux transformations politiques du monde contemporain. Avec Grands soirs et petits matins, Klein se plonge dans le Paris de Mai 68, tandis que son cinéma de fiction transforme volontiers la satire en arme visuelle. Qui êtes-vous Polly Maggoo ?, qui prend pour cible l’univers de la mode que le photographe connaissait intimement, ou Mister Freedom, charge pop et politique tournée à la fin des années 1960, témoignent de cette capacité à utiliser les codes dominants pour mieux les dynamiter. Sur l’une des photographies accompagnant la rétrospective, réalisée par Jeanne Klein vers 1967, on découvre justement William Klein en plein tournage de Mister Freedom, caméra en main : une image presque manifeste de cet artiste qui préférait être au milieu de l’action plutôt qu’à distance de son sujet.
À travers cet ensemble, la MEP fait apparaître une cohérence qui dépasse les supports. La photographie de mode, le documentaire politique, l’expérimentation graphique et la fiction satirique participent d’un même désir : perturber les conventions de représentation. Chez William Klein, l’accident, le grain, le flou, les contrastes violents ou les cadrages inattendus ne sont jamais de simples effets esthétiques. Ils construisent une façon de regarder une époque. Son cinéma procède d’une logique comparable, mêlant énergie documentaire, montage, provocation, humour et goût de l’excès. C'est précisément ce caractère difficilement classable qui explique la remarquable actualité de son travail. À l’heure où photographie, vidéo, cinéma, mode et arts visuels circulent continuellement d’un territoire à l’autre, Klein semble avoir anticipé une conception décloisonnée de la création aujourd’hui devenue familière. La MEP évoque d’ailleurs une œuvre « hybride et hors-catégorie », portée par un cinéma à la fois reconnu et underground : une formule qui résume assez justement un parcours resté attaché au tumulte du monde et à la volonté d’en faire tomber les masques.
Ces derniers jours de « William Klein : Films, Etc. » offrent donc l’occasion de reconsidérer un artiste parfois trop rapidement résumé à quelques photographies iconiques. La rétrospective révèle au contraire un créateur total dont les images, fixes ou animées, dialoguent avec la mode, la politique, la culture populaire, la publicité et les avant-gardes. En faisant cohabiter films, photographies, œuvres graphiques, livres et archives, la Maison Européenne de la Photographie ne cherche pas à figer William Klein dans le patrimoine mais à restituer ce qui rend encore son œuvre inconfortable, vivante et étonnamment contemporaine. Un siècle après sa naissance, son regard conserve cette capacité rare à transformer le chaos de la rue, les artifices de la mode ou les convulsions politiques en matière visuelle. Plus qu'une commémoration, cette rétrospective rappelle ainsi pourquoi William Klein demeure une figure essentielle pour comprendre l’histoire moderne de l’image.
Infos pratiques :
« William Klein : Films, Etc. », jusqu’au 13 septembre 2026 à la MEP - Maison Européenne de la Photographie, 5/7 rue de Fourcy, 75004 Paris.
La MEP est ouverte le mercredi et le vendredi de 11h à 20h, le jeudi de 11h à 22h et le week-end de 10h à 20h ; fermeture le lundi et le mardi.
Plein tarif : 13 euros ; tarif réduit : 8 euros.
Métro Saint-Paul (ligne 1) ou Pont Marie (ligne 7).
Les projections sont programmées du mercredi au samedi en fin de journée dans l’auditorium de la MEP.
Par la rédaction
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