Crise financière: le prêt-à-porter de luxe redoute un impact psychologique

News | Publié le 05/10/2008 13:09:28
Les griffes de prêt-à-porter féminin redoutent l'impact psychologique de la crise financière internationale sur les consommatrices, mais espèrent passer entre les gouttes en adaptant leur stratégie d'achat et en réaffirmant leur identité, selon des professionnels interrogés par l'AFP.

"On est vraiment au début de la crise" en Europe, souligne le directeur des achats pour la mode au Printemps, Cédric Charbit, en marge des défilés de prêt-à-porter pour le printemps-été 2009. "C'est très tôt pour en tirer les conséquences à long terme".
Pour Serge Brunschwig, directeur général de Christian Dior Couture, également, "il faut un petit moment pour réfléchir à ce qui est en train de se passer", comme au lendemain de l'attentat contre les tours du World Trade Center en 2001.
Au Bon Marché, "on va attendre de voir comment se termine l'année", dit Thierry Maman, directeur général du grand magasin. "On verra là quelle est l'étendue du séisme" ajoute-t-il en se disant "pas très inquiet dans l'immédiat". Pour M. Charbit, à moyen terme, "il faut continuer d'acheter". Le Printemps "va d'ailleurs acheter plus que l'année dernière", mais avec "des risques maîtrisés", dit-il. "On va se mettre en position de rendre ce qu'on achète", de "partager les risques" avec les fournisseurs. "C'est plus la stratégie d'achat qui change que le montant", souligne-t-il. Selon le fondateur de Léonard, Daniel Tribouillard, "dans trois mois, cette crise sera passée, mais il restera encore des conséquences, à savoir une espèce d'inquiétude de la consommatrice".
Pour Cédric Charbit également, c'est "la mentalité (des consommatrices) qui est affectée" par la crise et qui implique une réorientation des achats dans trois directions: "les vêtements qui vont donner du pouvoir aux gens", comme les tailleurs-pantalons, car "dans les périodes de crise, c'est toujours important d'acheter des choses qui vous donnent du pouvoir". Il faut aussi "continuer d'attirer nos clients avec des vêtements sexy", ajoute-t-il, car "en période de crise, sex sells" (le sexe fait vendre). Enfin, les vêtements "vraiment sublimes" qui "attirent l'attention" restent
une valeur sûre, ajoute-t-il.
Christian Dior Couture s'attend à "une période de pause", indique M. Brunschwig. Mais "on investit à long terme" et "on a toujours plutôt profité de ce genre de moment pour réinvestir. Je pense que ce sera encore le cas", souligne-t-il.
Le grand magasin londonien Harrods "n'a pas l'intention de réduire ses budgets ou de changer radicalement de stratégie d'achat", affirme Marygay McKee, directrice du département mode et beauté. "Nous avons eu beaucoup de chances, nous n'avons pas été affectés. Notre client de base est toujours là, toujours vivant et toujours en train de dépenser", ajoute-t-elle en se félicitant de l'importance de la clientèle arabe.
"Evidemment, tout le monde devient très prudent dans ses achats" mais Harrods va "continuer à développer les marques de luxe, le haut de gamme", souligne-t-elle. Pour le PDG de Celine, Marco Gobbetti, la crise crée "un contexte très challenging". Pour limiter son impact, "c'est la créativité qui va payer", estime-t-il. "Il faut se différencier, créer sa propre niche, sa propre identité".
Face à la crise, "on a une approche qui est de dire: le positionnement du Printemps, c'est sur la mode haut de gamme, le luxe, les marques de niche," souligne M. Charbit.
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